Un «mort oublié» par mois découvert dans le canton

VaudAncien inspecteur à l’Identité judiciaire, Jean-Christophe Sauterel évoque ces drames de la solitude, en marge du film Chroniques d'une mort oubliée, présenté mercredi soir à Visions du Réel.

Bande-annonce du film «Chronique d'une mort oubliée»

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«De janvier 2003 à mai 2005, Michel Christen, 53 ans, est resté mort sur le canapé de son studio à Genève, jusqu'à ce que la police découvre son corps décomposé, au milieu de la vermine.» Le résumé de Chronique d’une mort oubliée, le film de Pierre Morath présenté mercredi à Visions du réel, fait froid dans le dos. Et pourtant, les «morts oubliés» ne sont pas si rares.

A commencer par le canton de Vaud, où les services de police y sont confrontés régulièrement. Officier de presse de la Police cantonale après avoir passé 14 ans à l'identité judiciaire, Jean-Christophe Sauterel a pu le constater à de nombreuses reprises. «Nous découvrons une fois par mois en moyenne des personnes à leur domicile plusieurs jours après leur décès, voire plusieurs semaines.»

«On n'en parle jamais, mais c’est un travail de routine effectué par la police, explique Pauline Vrolixs, qui a mené l'enquête pour Chronique d’une mort oubliée. A Genève, la brigade du commissariat découvre ainsi un corps par semaine», explique la journaliste, qui a travaillé près d'une année sur la mort de Michel Christen.

«Morts suspectes»

Dans le canton de Vaud, ce sont les services de l’Identité judicaire et les enquêteurs de la Police de sûreté qui s’occupent de tels cas. «L'Identité judiciaire intervient pour tout ce que l’on qualifie de mort suspecte, c’est-à-dire dès que le médecin n’arrive pas à déterminer la cause du décès», explique Jean-Christophe Sauterel. C’est le cas notamment lorsqu’une personne est décédée depuis plusieurs jours ou semaines: «Il est alors impossible pour le médecin de déterminer les causes du décès.»

Solitude extrême

Le policier a pu le constater, ces drames se déroulent à huis clos dans toutes sortes de propriétés, où des personnes vivent en autarcie. «On peut découvrir une personne âgée plusieurs semaines après son décès, dans une grande maison dont elle est propriétaire, même en plein centre de Lausanne. C’est le drame de la solitude. Souvent, cela implique un certain délabrement social. Mais pas forcément.»

Lors de la découverte d’un cadavre, l’Identité judiciaire, en étroite collaboration avec les médecins légistes du Centre universitaire romand de médecine légale (CURML), intervient pour déterminer les causes et les circonstances du décès, ainsi que l’identité de la personne. Car si la personne est décédée depuis plusieurs jours, le corps n’est pas reconnaissable. «Cela dépend de plusieurs facteurs, comme la température ou l’exposition, mais le corps se détériore très vite», explique Jean-Christophe Sauterel.

La plupart du temps ce sont les voisins, incommodés par l’odeur de la décomposition, qui appellent la police. «Il y a deux ans à Vevey, le voisinage avait cru à une fuite de gaz. Les pompiers étaient intervenus et l’immeuble avait dû être évacué. Mais cette odeur, c'était celle d'un cadavre.»

Triste record

Il peut se passer plusieurs mois, de mémoire d'inspecteur, avant que l'on ne découvre le corps. «Pour atteindre plusieurs années, il faut un certain concours de circonstances», explique Jean-Christophe Sauterel. «La plus longue durée dont j’ai entendu parler, c’était ce cas à Nice il y a trois semaines », explique Pauline Vrolixs. Un homme d’une septantaine d’années a été retrouvé momifié dans son lit, 4 ans après son décès. Sans famille, le retraité réglait ses factures par prélèvement automatique.

(24 heures)

Créé: 24.04.2012, 16h30

Projections

Le documentaire «Chronique d'une mort oubliée», de Pierre Morath sera présenté ce mercredi à l'Usine à Gaz de Nyon, dans le cadre du festival Visions du réel.
Il sera projeté une seconde fois vendredi 27 au cinéma Capitole 2, toujours à Nyon.

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