La botte secrète des lotos qui font carton plein

SociétéLe XXIe siècle a signé l’arrêt de mort des lotos «saucisse aux choux» qui n’ont pas su se réinventer. Certains, comme celui d’Aubonne ou d’Aigle, ont trouvé la clé du succès.

Alors que des lotos jettent l’éponge, celui d’Aubonne fait salle comble trois fois par an.

Alors que des lotos jettent l’éponge, celui d’Aubonne fait salle comble trois fois par an. Image: Chantal Dervey

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Ringard, le loto? La mort de nombre d’entre eux peut le faire penser. Mais dans plusieurs villages, comme à Aubonne, c’est encore l’un des grands rendez-vous de l’année pour la population.

On y sent même un parfum d’effervescence, comme ce samedi soir de février dans la salle du Chêne qui grouille de partout. Les serveurs avec leurs gilets jaunes courent dans tous les sens pour s’occuper des joueurs qui arrivent et se précipitent sur l’une des rares places disponibles: le loto peut commencer. Ils sont plus de 760 joueurs ce soir-là. Des fidèles qui viennent de la région et de bien plus loin, de Genève, voire de France voisine. Tous ont le regard tourné vers la scène qui déborde de lots: les classiques cartons de vin bien sûr, mais aussi d’énormes paniers garnis, des écrans plats, du matériel électroménager, des bons de voyage, des abonnements au Paléo. Et surtout, dans la cour extérieure: la voiture, objet de toutes les convoitises.

Au détour d’un couloir, on croise Jean-Daniel Gallay, le président du loto, qui ne cache pas sa joie. «On sera plein! On a déjà dépassé la barre des 750 joueurs qu’on s’était fixée, ça promet une belle soirée.» Une de plus devrait-on dire. Car le loto d’Aubonne ne cesse d’afficher complet, trois fois par année. Une tendance à contre-courant de la réalité vaudoise.

Au top dans les années 90

Il y a une trentaine d’années, les lotos foisonnaient. Chaque village, chaque société avait l’assurance de renflouer ses caisses en organisant une manifestation de ce type. Or, depuis les années 2000, le rituel s’est démodé et les bénéfices ont fondu comme neige au soleil. La plupart des lotos ont carrément disparu. À Yverdon, les inscriptions sont à la baisse. Pour les saisons 2009-2010 et 2010-2011, 50 rendez-vous avaient été mis sur pied. Puis la baisse a été inéluctable: 45 en 2013-2014, 39 en 2016-2017 et 35 cette saison. Soit 30% de moins en dix ans. Même constat implacable à Morges: en 2001, les sociétés locales organisaient 24 lotos, pour un bénéfice brut de 690 331 francs. En 2017, il n’en reste que cinq pour un résultat de 87 504 francs.

Dernier exemple ô combien parlant, le mythique Loto des Dragons pourrait lui aussi tirer le rideau après avoir été une nouvelle fois boudé par le public à Beaulieu le 24 janvier. «La date était vraiment mauvaise – celle où les partis politiques organisent leur choucroute de l’indépendance vaudoise – mais le résultat n’a fait que confirmer la tendance des dernières années», admet Daniel Manuel, organisateur historique. «Les lotos, ça ne fait que descendre, et on se pose naturellement la question de l’avenir. Notre but est de soutenir le monde équestre, et si la recette a vraiment été bonne par le passé, ce n’est plus le cas aujourd’hui.»

Pourtant, certains rendez-vous continuent d’attirer les amateurs de quines et de cartons. Pour Jean-Daniel Gallay, la réussite aubonnoise dépend de plusieurs facteurs, à commencer par des sociétés actives et unies. «À mon sens, le système selon lequel chaque société organise son propre loto n’est pas le bon. Ici, depuis trente ans, toutes les sociétés locales sont réunies et les bénéfices sont redistribués au prorata des parts de chaque association.» Un profit qui navigue entre 60 000 et 70 000 francs lors de chaque loto, une somme évidemment non négligeable, parfois même vitale.

«Le secret, c’est de payer»

Retour au cœur du jeu, à peine le temps d’avaler un sandwich attrapé au vol. Nous en sommes à la 13e série (sur les 24 que compte l’édition) et ma voisine vient de remporter un voyage à Miami, ce qui vaut largement le panier garni, admettons-le. «Certes le prix de l’abonnement est cher (ndlr: 100 francs), admet Jean-Daniel Gallay. Mais par rapport aux plus petits lotos, on rentabilise sa mise rien qu’avec une quine: le secret, c’est de bien payer!»

Et si le règlement vaudois sur les loteries, tombolas et lotos exige que «le montant des lots, estimés à leur valeur réelle, représente au minimum 30% de la valeur des billets émis», l’Union des sociétés locales aubonnoises a une autre conception. «Avant, la loi exigeait que la valeur des lots représente 50% de la somme des billets vendus, puis c’est descendu à 30%, mais nous avons pris l’option de rester à 50%. Ce qui signifie que, lorsqu’on vend 700 abonnements à 100 francs pour un total de 70 000 francs, on offrira pour 35 000 francs de lots.»

«Les lots, c’est le nerf de la guerre. Les lotos qui marchent sont ceux qui paient et surtout qui adaptent les gains à l’époque»

Une part qui se révélera encore plus grande ce soir-là – à 56% – avec la conviction que la recette fonctionne. «Les lots, c’est le nerf de la guerre, assure Jean-Luc Berger, dit «Lucky», crieur bien connu dans la région. Les lotos qui marchent sont ceux qui paient et surtout qui adaptent les gains à l’époque.» Qui offrent un peu de rêve au bout du stylo-feutre, comme à Yens, où la manifestation a su se remettre en question après deux années compliquées. «On a constaté une forte baisse de fréquentation, déplore Céline Tétaz Renaud, secrétaire du comité d’organisation, ce qui nous a poussés à revoir notre planche de prix. Nous avons diminué les produits frais comme le fromage ou la viande au profit de bons gastronomiques, du multimédia ou des articles davantage dans l’air du temps. Et les gens sont revenus.»

La soirée se termine à Aubonne et, comme bon nombre de clients dans la salle, je repars bredouille. Mais en ayant passé un bon moment. «C’est une soirée qui coûte cher quand on ne gagne pas, consent Jean-Luc Berger. Mais les lotos restent un lieu social, une tradition où l’on continue aussi à venir pour le plaisir.» (24 heures)

Créé: 12.02.2019, 07h11

Articles en relation

Bientôt des lots en cash dans le canton?

Récompenses Dans la Broye intercantonale, il est possible de jouer presque tous les jours, mais surtout sur Fribourg, où le paiement en espèces est possible. Plus...

69? «Oh les cochons!»

Numéros du loto Ça se perd un peu, mais il arrive que le crieur ajoute une mention, rigolote ou pas, au numéro tiré. Plus...

À Aigle, la fièvre augmente

Lotos L’an passé, 20 lotos ont eu lieu dans le chef-lieu du district. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.