Une carte interactive préviendra des dangers

AlpinismeAlexia Massacand travaille sur un outil participatif afin de rendre la montagne plus sûre.

Sur le site MountainNow, l’état du terrain sera décrit avec des pictogrammes signalant par exemple des chutes de pierres, des crevasses ouvertes ou des rivières difficiles à traverser.?

Sur le site MountainNow, l’état du terrain sera décrit avec des pictogrammes signalant par exemple des chutes de pierres, des crevasses ouvertes ou des rivières difficiles à traverser.? Image: DR

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

En juillet dernier, en pleine canicule, Alexia Massacand, cheffe de course au Club alpin, se rend sur le glacier du Géant, au-dessus de Chamonix, et constate à deux semaines d’intervalle une évolution ultrarapide des lieux. «J’avais l’impression d’être sur une autre planète. Des crevasses, jusque-là invisibles, étaient grandes ouvertes et la partie rocheuse était devenue instable», explique cette montagnarde aguerrie.

Ses observations in situ servent de premier déclic. Experte en climatologie et environnement – elle a travaillé dix ans comme cheffe scientifique pour le groupe intergouvernemental sur l’observation de la Terre, à Genève –, Alexia Massacand, 44 ans, constate qu’il manque un outil efficace en temps réel pour observer les conditions les plus actuelles en montagne.

«L’idée est d’utiliser une interface qui géolocalise l’utilisateur sur une carte. Sa photo prise avec un smartphone apparaît en temps quasi réel»

«Pour préparer une course d’alpinisme, on a la possibilité soit de consulter des sites communautaires dédiés à la montagne avec des rapports écrits comme Camptocamp, soit d’appeler un guide ou encore le gardien de la cabane à proximité du sommet. Mais, avec les moyens technologiques actuels, on peut faire beaucoup plus.»

Elle décide alors de quitter son poste à responsabilités à Genève et de créer MountainNow, un site Internet – et une application mobile – basés sur le principe du «crowdsourcing». «L’idée est d’utiliser une interface qui géolocalise l’utilisateur sur une carte. Sa photo prise avec un smartphone ou ses observations apparaissent en temps quasi réel.» Ce principe repose également sur l’engagement participatif. «Il a déjà fait ses preuves dans l’observation de la faune et la flore, ou encore du trafic routier.»

Sur les cartes de MountainNow, qui couvrent toute la région alpine, de l’Italie à la France, on pourra observer les conditions du terrain, de bonnes, moyennes à mauvaises selon trois codes couleurs. Chaque utilisateur sera invité à décrire l’état du parcours – terrain glissant, crevasse ouverte ou chutes de pierres, entre autres – qui apparaîtra sous forme de pictogramme sur la carte. Les participants, préalablement inscrits, seront identifiés selon leur niveau de compétence, d’amateur à expérimenté. Le site, comme l’application, sera gratuit. «MountainNow reste un outil d’aide à la prise de décision», précise sa conceptrice.

Alexia Massacand ne s’est pas lancée dans cette aventure sans soumettre préalablement son projet à des experts de la montagne. «J’ai très vite reçu des retours positifs.» Les Clubs alpins suisse et français la soutiennent, ainsi qu’un comité consultatif composé de spécialistes en innovation, de guides, d’un géologue ou encore d’un aventurier. Autant d’expertises réunies grâce à son important réseau professionnel et amical.

Financement par le public

Pour financer la mise en place du logiciel, Alexia Massacand a eu recours au crowdfunding. Elle a déjà récolté 76% des 38 500 francs nécessaires. «Maintenant, quoi qu’il arrive, le site sera lancé début août. La phase de test grandeur nature va démarrer fin juin.» Les premiers utilisateurs de l’application seront des guides suisses et français et des chefs de course du Club alpin.

«Avec toutes les personnes qui vont en montagne aujourd’hui, je pense qu’on peut réunir une petite communauté motivée à partager ses observations, d’autant que la sécurité concerne tout le monde.»

Ce nouveau défi décuple l’énergie de cette entrepreneuse de fraîche date: «Je travaille sur un outil qui aura aussi un impact direct pour moi car la montagne fait entièrement partie de ma vie et de mon équilibre. Je préfère agir à mon niveau et prendre un risque maintenant que de réaliser à 80 ans que j’ai passé toute ma vie à rédiger des rapports sur le climat.»

fr.ulule.com/mnow (24 heures)

Créé: 10.06.2016, 08h28

Alexia Massacand

Les dégâts de la canicule en 2015

Experte en climatologie et alpiniste chevronnée, Alexia Massacand reconnaît que «la haute montagne est plus sujette aux risques liés au réchauffement climatique que la moyenne montagne. La canicule de l’été 2015 aura un impact durable sur la stabilité du massif rocheux dans
les années à venir. Plus la chaleur est prolongée, plus elle modifie la roche en profondeur.» La majorité des écroulements de parois se produit entre 3100 et 3500 mètres d’altitude. Selon Météo France Chamonix, juillet 2015 a été le mois le plus chaud jamais enregistré avec une température moyenne de 20,2 degrés. Autre aspect visible à l’œil nu des conséquences de l’augmentation des températures: la fonte des glaciers. La mer de Glace, dans le massif du Mont-Blanc, a perdu plus de 3 mètres d’épaisseur l’année dernière, soit trois fois plus que lors d’une année ordinaire. Quant à Aletsch, le plus grand glacier de Suisse, sa longueur diminue de 50 mètres chaque année.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actualité croquée par nos dessinateurs partie 6

Paru le 21 mars 2019.
(Image: Bénédicte ) Plus...