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Faut-il ou non succomber à la folie du Bullet Journal?

Une nouvelle méthode organisationnelle censée améliorer la productivité fait de plus en plus d’adeptes.

Quelques pages du «BuJo» de Boho Berry, papesse américaine du Bullet Journal, qu’elle met à disposition sur son site.
Quelques pages du «BuJo» de Boho Berry, papesse américaine du Bullet Journal, qu’elle met à disposition sur son site.
WWW.BOHOBERRY.COM

Peut-être avez-vous vu, dans le tram ou dans un café, une personne sortir négligemment de son sac un drôle d’agenda entièrement dessiné à la main, l’ouvrir avec gourmandise et le remplir à coups de feutres multicolores. Pas de panique. Vous êtes probablement face à une victime de l’épidémie Bullet Journal, le petit nom donné à une méthode organisationnelle qui vous promet de tordre définitivement le cou à la procrastination. Les outils nécessaires: un crayon, un carnet et un soupçon de créativité.

A l’heure du tout numérique, de plus en plus d’esprits hétérodoxes rechignent à voir leur vie suspendue à un réseau wi-fi et font le choix de revenir aux fondamentaux en préférant le papier aux écrans tactiles. Le Bullet Journal apparaît pour eux comme une méthode déconnectée mais bien dans son époque, efficace et furieusement tendance.

Halte à la procrastination

«J’avais la désagréable impression de sans arrêt courir après le temps, explique Samantha Razaghi, 41 ans, maman de deux enfants et cheffe de projet chez un fabricant de meubles. Je m’y suis mise sur les conseils d’une amie et je suis devenue accro. J’ai enfin l’impression de maîtriser mon emploi du temps, je suis plus efficace et surtout je n’oublie plus rien!» Dans le joli carnet jaune qu’elle extrait de son sac, on trouve aussi bien les repas de la semaine, la liste des courses que les rendez-vous professionnels. «J’y inscris aussi mes objectifs, et il me permet de mieux anticiper. Je suis désormais rarement prise au dépourvu.»

Le procédé ne relève pourtant pas de la magie, mais bien de la discipline. Le principe? Le BuJo – pour les initiés – est un organisateur analogique personnalisé qui fait à la fois office de carnet de notes, d’agenda, de reminder et de compilation de to-do-lists (lire l’explication ci-dessous). Avec un sommaire en début de carnet pour savoir où retrouver quoi. Reste ensuite tous les matins à inaugurer une nouvelle page, et à y lister les impondérables de la journée grâce à un bête système de symboles – un rond pour un rendez-vous, un point pour une note et un carré pour une tâche. On fait le bilan en fin de journée. Le lendemain, on reporte à la main les tâches non effectuées, et ainsi de suite.

Un outil de motivation savamment imaginé pour pousser l’heureux utilisateur à enfin répondre à ses mails en souffrance ou à payer à temps sa facture de téléphone. Les plus accros notent également les calories ingurgitées au cours de la journée, le nombre de verres d’eau avalés, le temps qu’il fait… etc.

Un concept né aux Etats-Unis

«Cela permet aussi de garder une trace», explique Julie Bérest, intégratrice Web freelance et fondatrice d’un site dédié à l’art du BuJo. La jeune femme s’y est mise depuis sept mois et entame son troisième carnet. «Au début, je cherchais quelque chose qui me permette de ne plus procrastiner. Cette méthode sur mesure m’a semblé idéale.» Chez elle, pas de grande création graphique, pas de fioritures. «Je recherche avant tout de l’efficacité, donc j’ai opté pour un Bullet Journal minimaliste. Il me ressemble davantage. Il n’est pas aussi joli que ceux que l’on peut voir mais l’essentiel, c’est que ça me convienne… C’est le principe même du BuJo, chacun doit pouvoir le façonner selon ses besoins, il est entièrement personnalisable. Mon seul luxe, ce sont les autocollants, que je fabrique moi-même.»

Le concept est né à New York il y a environ deux ans, dans l’esprit fertile de Ryder Carroll, directeur artistique spécialiste en design interactif. Bien que connecté, tutoyant aisément les nouvelles technologies et évoluant dans un milieu branchouille, ce créatif a ressenti le besoin de rester en contact avec le concret, l’encre, le papier. Il avait besoin d’expérimenter de façon empirique «le privilège du scripteur»: écrire à la main pour mieux s’organiser. Voilà pour la mythologie. A l’aide d’un cahier Moleskine et d’un stylo, il a recherché et mis au point un système qui lui convienne. Sa tocade a fait des émules dans son entourage, et Ryder a décidé de mettre un nom sur le concept. Il l’a baptisé Bullet Journal, en référence aux petites puces utilisées, et a créé un site Web qui explique le tout.

Sa méthode, basée sur le principe du partage d’idées, fait un tabac sur le Net. Google compte plus de 20 millions d'entrées à «Bullet Journal». Des comptes Instagram ou Pinterest lui sont totalement dédiés, au travers desquels les convertis partagent leurs plus belles réalisations, s’inspirent de celles des autres. Une secte de la performance qui fait toujours plus d’adeptes.

Plus ou moins illustrés

«C’est effectivement intimidant, sourit Samantha Razaghi. Certains carnets sont de véritables œuvres d’art. Au début, comme tout le monde, j’ai essayé de copier ce que je trouvais de joli ou d’inspirant sur Internet. Un ratage total: un enfant de 8 ans a plus de talent en dessin que moi! J’ai laissé tomber et je me suis approprié ma propre méthode. En ce qui me concerne: peu de dessins mais beaucoup de couleurs.»

A ses côtés, son amie est moins enthousiaste. «J’ai essayé aussi, mais je trouve la préparation trop fastidieuse. C’est très long de rédiger à la main toutes ces entrées successives. J’avais l’impression de perdre un temps fou à y réfléchir. Je reste classique», dit-elle en brandissant un agenda traditionnel. Alors? Outil d’aliénation supplémentaire à une époque qui élève la productivité au rang de vertu ou bible moderne? A vous de juger.

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