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L’humide saga de la baignade dans le Léman

Le Musée du Léman consacre une exposition à la trempette dans le lac. L’occasion de se jeter à l’eau.

Dans les années 60, les autorités sanitaires déconseillaient la baignade quand elles ne l’interdisaient pas, en raison de la pollution dans le lac.
Dans les années 60, les autorités sanitaires déconseillaient la baignade quand elles ne l’interdisaient pas, en raison de la pollution dans le lac.
CHRISTIAN MURAT

«Nous avons tous des souvenirs de baignade dans le lac. Souvenirs des premiers plongeons, des jeux d’enfants, des bêtises d’adolescents ou souvenirs de l’été dernier, peu importe. Ce qui est génial avec le Léman, c’est qu’il parle à tout le monde.» De toutes ces madeleines de Proust lacustres, Lionel Gauthier, conservateur du Musée du Léman, a fait une exposition: Plouf! Une histoire de la baignade dans le Léman est à découvrir depuis le 6 avril et jusqu’au 20 septembre 2018. Une rétrospective passionnante.

Il faut dire que le lac a beaucoup à raconter. On murmure que Lord Byron faillit y mourir, qu’Hergé venait y soigner sa dépression et que Voltaire se baignait à Rolle. Mais pourquoi apprécions-nous tant de plonger dans ces eaux sombres? Aujourd’hui, alors que 121 sites dédiés à la baignade entourent le lac, la réponse semble évidente: le plaisir de s’ébattre guide nos pas. Mais il n’en fut pas toujours ainsi. «On peut imaginer que les hommes préhistoriques piquaient déjà des têtes dans le lac pour se rafraîchir, sourit Lionel Gauthier. Mais l’histoire avérée de la baignade commence plus tard. On n’en trouve des traces qu’à partir du XVe siècle. Et les raisons d’alors n’étaient pas forcément celles d’aujourd’hui.»

Par le biais de nombreux tableaux, photos et objets, l’exposition décortique les principales causes qui ont poussé les gens à se rendre au lac à travers les âges. La première qui vient à l’esprit est sans doute l’hygiène. «Mais en fait, le lac n’a jamais été un point d’eau utilisé pour les ablutions, poursuit Lionel Gauthier. Mis à part quelques exemples pittoresques, se laver dans le Léman est plutôt inhabituel. En revanche, il a joué un rôle important pour la propreté du linge, puisque les lavandières se sont longtemps installées sur les rives.»

Propreté et santé

Dès le XVIIe siècle, la mode de l’hydrothérapie déferle sur l’Europe. Et la région lémanique en profite particulièrement. Le tourisme des eaux thérapeutiques débute à Amphion, où la source de la Châtaigneraie est découverte dès 1640. Suivent Evian, Thonon et Rolle, où se rend Voltaire, pour qui ces eaux sont «assez bonnes pour les vieillards cacochymes qui ont besoin de mettre du baume et de la tranquillité dans leur sang». «Le thermalisme a eu un impact énorme sur la région. De nombreuses localités, comme Montreux, Champel ou Saint-Gingolph, en ont profité, poursuit Lionel Gauthier. Mais toutes ces stations exploitaient des eaux de source. Le lac représentait alors, au mieux, un décor pour les touristes, dont l’eau n’avait pas forcément bonne réputation. Jusqu’au début du XXe siècle, par exemple, il n’existait aucun lieu officiel de baignade à Evian. Les rives étaient aménagées seulement pour les promenades et les bateaux.» Il faut attendre la fin du XIXe siècle pour que des sites dédiés se développent. La nage devient alors mondaine. «Les rives sont aménagées afin que les élites puissent barboter en bonne compagnie, comme à Corseaux-Plage, à Vevey, et Ouchy, à Lausanne, raconte le conservateur. Les classes populaires disposent également de leurs espaces propres, telle la plage de Vidy.»

Une histoire en cours

En plus d’être un loisir social, la baignade devient sportive au milieu du XIXe siècle, avec l’organisation des premières compétitions. Des clubs de natation ouvrent un peu partout, comme à Nyon en 1912, Vevey en 1919 ou Thonon en 1940. «Parallèlement, une course aux exploits s’engage, souligne Lionel Gauthier. Les nageurs s’attaquent notamment à la traversée du lac.» Un dénommé Schindler est, semble-t-il, le premier à y parvenir: en 1881, il parcourt les 8 kilomètres qui séparent Vevey de Saint-Gingolph en 5 heures et 35 minutes, «sans autre appareil qu’un caleçon de bain auquel étaient attachés un flacon d’eau-de-cerises et un couteau». Au cas où, sans doute, un monstre lacustre vienne l’attaquer durant la traversée (lire ci-contre).

«Aujourd’hui, la baignade dans le lac est devenue un phénomène de masse. Il n’y a qu’à voir les Bains des Pâquis en été, sourit Lionel Gauthier. Mais si les souvenirs restent, les lieux, eux, peuvent disparaître. La plage où je me baignais enfant a bien changé. Et en 2019, les Genevois pourront profiter de la future plage des Eaux-Vives. L’histoire du Léman s’écrit toujours.»

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