«La joie me permet d’être vraie avec moi et les autres»

RencontreIsabelle Alexandrine Bourgeois partage sa soif de résilience au gré d’un voyage d’un an en Europe

Isabelle Alexandrine Bourgeois et son chien «Ulysse» sont partis fin janvier pour un périple d’un an en camping-car pour partager des moments de joie.

Isabelle Alexandrine Bourgeois et son chien «Ulysse» sont partis fin janvier pour un périple d’un an en camping-car pour partager des moments de joie. Image: Patrick Martin

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Isabelle Alexandrine Bourgeois, 51 ans, est une ambassadrice de la joie. Et ce, bien avant le désir d’information positive déclenché par le film Demain, qui invite à regarder le monde avec les lunettes de l’optimisme.

Accompagnée de son fidèle Ulysse, recueilli après le décès de son ancien maître, un SDF du sud de la France, elle vient d’entamer l’aventure dont elle rêvait depuis 2015: sillonner l’Europe pendant un an à bord de son camping-car à la rencontre de personnes avec qui échanger sur la joie. La native de Giez distribue ici et là, au gré de ces moments de partage spontanés, des petits coups de pouce, des lampes solaires à ceux qui ont besoin de lumière ou, dit-elle, à des gens exemplaires et générateurs d’espoir. Elle fait vivre son expérience, baptisée «Joy for the Planet», sur les réseaux sociaux et son site avec ses textes, vidéos et podcasts.

«J’ai toujours dérangé»

«J’ai toujours dérangé. On n’a jamais réussi à me formater», explique-t-elle d’une voix claire et chaleureuse, assise devant l’âtre centenaire de la cuisine du château de Giez, réchauffé par un beau feu de bois. C’est dans la demeure familiale qu’elle s’est installée quelques jours, le temps de réaliser des mandats qui lui permettent de faire bouillir la marmite pendant son aventure bénévole.

Face aux sceptiques et aux cartésiens qui s’interrogent ou même ricanent de sa démarche, Isabelle Alexandrine Bourgeois ne se démonte pas. «Les gens n’arrivent pas à mettre un prix sur une valeur comme la joie. On peut évaluer une voiture ou une maison mais plus difficilement ce sentiment. Alors ça désarçonne. Même ma mère me défie en me demandant en quoi ma joie peut changer le monde. Voilà ce que je lui réponds: «Nous venons de passer dix minutes merveilleuses ensemble à discuter et à rigoler. Ce moment-là n’a-t-il aucune valeur?» Avec ce genre d’arguments, elle me comprend mieux.»

Des épreuves pour grandir
Des convictions, de l’énergie et cette viscérale envie d’apprécier le côté positif de l’existence habitent depuis toujours cette journaliste et ex-déléguée du CICR. Il suffit d’observer ses choix de vie pour comprendre la cohérence de sa démarche. Fille de diplomate dont la famille possède le château de Giez, Isabelle Alexandrine Bourgeois grandit dans un milieu privilégié.

Elle voit le jour à Washington DC, où son père est en poste. Elle le rejoindra régulièrement dans ses différentes missions pendant les vacances scolaires après le divorce de ses parents. «J’ai bien dû voyager dans une centaine de pays.» Depuis l’adolescence elle refuse de suivre le conformisme d’une éducation conservatrice. Quitte à se brouiller, adulte, avec son père, qui n’accepte pas son premier mariage avec un Égyptien musulman. «Nous avons tout de même réussi à nous réconcilier quelques mois avant son décès. J’ai toujours considéré les épreuves comme une opportunité de grandir et la souffrance comme une sortie de route qui aide à sa façon à se réaliser.»

En 1984, son père est kidnappé avec d’autres diplomates à Bogotá par le groupe des guérilleros du M-19 pendant deux mois. Une période marquante pour l’enfant qu’elle est encore. «Il a été libéré le 28 avril, jour de mon anniversaire. Je me rappelle qu’il m’avait dit combien la visite du CICR lui avait fait du bien pendant sa détention.»

« Je ne vis pas au pays des bisounours, mais je souhaitais rétablir un équilibre dans le compte rendu de la réalité»

Après ses études en sciences politiques à l’Université de Genève, elle devient journaliste indépendante avant de s’engager plusieurs années comme déléguée du CICR. Au Kosovo, en Éthiopie, en Iran ou encore en Irak, elle est confrontée aux horreurs de la guerre. «Ce qui marquait le plus les gens sur place, ce n’était pas forcément le sac de riz mais l’empathie qu’on pouvait leur témoigner. J’ai eu un vrai déclic en Irak en 2003. Malgré la violence environnante, je ne me reconnaissais pas dans ce que je lisais dans les médias. Rapporter uniquement les horreurs fige le lecteur dans des comportements guidés par la peur, le repli, la crainte de l’autre. J’ai alors décidé de produire de l’information positive. Je ne vis pas au pays des bisounours, mais je souhaitais rétablir un équilibre dans le compte rendu de la réalité. Je suis pour une information qui inspire par l’exemplarité.»

Face au kidnappeur de son père

Isabelle Alexandrine Bourgeois en a fait personnellement l’expérience lorsqu’elle s’est engagée comme journaliste bénévole pour la marche mondiale pour la paix et la non-violence en 2009, après avoir fondé son site d’information positive. Un périple de trois mois, 150'000 km et 75 pays traversés… et une rencontre totalement inattendue en Colombie avec le gouverneur d’une province et ancien cerveau de la prise d’otage de son père. «Je ne savais pas comment j’allais réagir quand on m’a dit que j’allais pouvoir lui parler. Cet échange, filmé, a été un moment de profonde guérison personnelle au moment où cet homme m’a demandé pardon. J’ai reçu énormément de messages de soutien après la diffusion de cette vidéo où l’on me disait que l’on ne voyait pas assez de scènes de réparation de ce genre.»

C’est de ces multiples expériences que la journaliste baroudeuse nourrit sa joie. «Elle est à mes yeux plus profonde, plus intérieure, plus spirituelle que le bonheur, qui est, lui, plus intellectuel. La joie me permet d’être vraie avec moi-même et les autres, d’être la bonne personne au bon endroit, peu importent les regards critiques. Avec Joy for the Planet, je me sens pleinement à ma place.»

Après seulement 21 jours de route qui l’ont emmenée en Italie et en Corse avant l’Espagne et le Portugal, elle voit déjà les retombées positives de sa démarche. Sa rencontre avec une femme sarde tout juste greffée qu’elle a conduite au bord de la mer, les confidences d’un Corse qui lui a parlé d’un drame sur lequel il n’avait jamais osé mettre des mots nourrissent sa joie intérieure et la portent dans sa mission d’ajouter sa petite pierre à l’édifice du bien vivre ensemble. (24 heures)

Créé: 24.02.2018, 13h44

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