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La marche nocturne stimule les sens et affine l’attention

Dans «Osez la nuit», Stefan Ansermet livre ses conseils pour expérimenter la nature sans lumière

Stefan Ansermet recommande de toujours parcourir le chemin de jour et de bien le connaître avant de s’y aventurer de nuit.
Stefan Ansermet recommande de toujours parcourir le chemin de jour et de bien le connaître avant de s’y aventurer de nuit.
Patrick Martin

Plus de 30 ans que Stefan Ansermet arpente les sentiers loin des villes, hume les odeurs de la forêt et observe le ciel… en noir et blanc. Avec toujours une même obsession: fuir la lumière artificielle pour se plonger dans le monde merveilleux de la nuit. Certes, cela prend un peu de temps de vaincre ses peurs du noir ancrées dans l’enfance, confirme l’auteur, photographe et minéralogiste autodidacte, mais une fois qu’on y est arrivé, «une confiance s’installe». En scientifique et vrai cartésien, il reconnaît être totalement transformé devant un ciel illuminé d’étoiles. «C’est tellement puissant qu’on a des pensées mystiques, même si l’on n’est pas croyant.» Dans «Osez la nuit» il décrit sa découverte de la randonnée nocturne, enrichie d’une foule de conseils destinés à tous ceux qui souhaiteraient s’initier.

Se balader au clair de lune est devenu tendance. La Nuit suisse de la randonnée, qui fête cette année sa 13e édition et se déroule aux quatre coins du pays de samedi à dimanche, en témoigne. En Suisse romande, plusieurs parcours guidés, de Villars à Moudon, invitent le public à la tombée de la nuit. Mais l’approche de Stefan Ansermet est plus radicale. Pour vivre pleinement l’expérience, aucune source de lumière ne doit perturber la balade. La lampe de poche reste sagement dans le sac à dos. «D’un point de vue sensoriel, on a l’impression d’avoir des capteurs partout. On devient plus vivant car le cerveau ne pilote plus le corps. Tous les sens sont en éveil et permettent de percevoir des choses très subtiles.»

La vue, d’abord. Au bout de 25 minutes environ, les couleurs disparaissent, tout devient monochrome et la vision, périphérique. L’œil est alors au maximum de sa sensibilité. Étoiles filantes, aurores boréales si l’on va au nord, jeu de lumière de la lune, tout est amplifié. Le toucher devient, lui, plus intense. À l’instar de la chaleur d’une pierre restée toute la journée au soleil ou la fraîcheur du lichen. L’ouïe s’affine et domine au profit de la vue. L’oreille s’aiguise de telle façon qu’un léger craquement d’une branche peut paraître effrayant. «Il m’est même arrivé d’avoir l’impression d’entendre des voix humaines alors qu’en réalité ce n’était que le glouglou d’un ruisseau.» Enfin l’odorat est décuplé. «Prenez par exemple l’odeur des cytises en fleur en été. Elle est nette et directe.»

Alors où marcher pour éprouver au mieux ces nouveaux stimuli? «Toujours dans un endroit où l’on se sent en sécurité et que l’on apprécie. Comme le cerveau est déstabilisé par le manque de lumière, il faut partir l’esprit en paix, éliminer au maximum les sources de peur afin de pouvoir se concentrer sur ses sensations.» Son premier conseil est d’aller en reconnaissance de jour sur le parcours afin de bien l’intégrer et de prévenir un proche de son projet. «La forêt peut être dangereuse. Une minuscule branche d’arbre dans les yeux suffit à vous aveugler. Je recommande toujours de rester sur les chemins forestiers et d’éviter les terrains trop escarpés. Cette randonnée n’est ni une performance sportive ni une course mais une promenade où l’on va prendre le temps de capter l’environnement.» Sur moins d’un kilomètre, Stefan Ansermet s’arrête souvent, touche l’écorce des arbres, se couche dans l’herbe d’un pâturage pour observer le ciel ou sentir le parfum des narcisses lorsqu’il évolue dans les hauts de Montreux. Partir à deux, avec une personne de confiance, aide aussi à réduire le stress d’une première balade nocturne.

Contrairement aux idées reçues, les nuits de pleine lune ne sont pas les plus spectaculaires. «Avec trop de lumière, la vue reprend le dessus et les contrastes sont très marqués.» Quant à la météo, chacun suivra ses préférences sachant que lorsqu’il fait froid, l’air est plus dense et les sons plus forts. Le vent peut aussi, selon son intensité, couvrir de nombreux bruits. «Cette expérience est vraiment un moment que l’on se donne, à chacun de le savourer en pleine conscience.»

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