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La santé des seniors passe par leurs assiettes

La dénutrition concernerait près de 5% des personnes âgées vivant à leur domicile. Un mal méconnu.

Environ 5% des personnes âgées vivant à domicile et 30 à 50% des résidants en EMS souffrent de dénutrition.
Environ 5% des personnes âgées vivant à domicile et 30 à 50% des résidants en EMS souffrent de dénutrition.
GETTY

«Dis mamie, pourquoi tu ne manges plus?» La question peut paraître anodine, voire enfantine, pourtant elle mérite d’être posée. En effet, avec l’âge de nombreux seniors diminuent leurs apports nutritifs, jusqu’à fondre littéralement. «Les gens, même dans le milieu médical, trouvent cela normal. Dans l’imaginaire collectif, ce phénomène est assimilé à un effet du vieillissement, regrette Andrea Trombetti, médecin adjoint agrégé au Service des maladies osseuses des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). Mais c’est faux. On ne maigrit pas naturellement à partir d’un certain âge. Toute perte de poids importante – plus de 5% de la masse en un mois ou 10% en six mois – doit constituer un signal d’alarme.» Un avis partagé par Claire Sulmont Rossé du Centre des sciences du goût et de l’alimentation à Dijon: «La dénutrition demeure un mal méconnu, notamment des médecins de famille, ce qui conduit à une mauvaise prise en charge.»

Spirale de la dénutrition

En France, un collectif de professionnels vient de lancer un manifeste*, afin d’alerter la population et les pouvoirs publics sur cette pathologie silencieuse. Le sujet est d’importance. En Suisse, on estime que 5% des personnes âgées vivant à domicile souffrent de dénutrition, 15 à 30% des seniors hospitalisés et 30 à 50% de ceux résidant en Etablissements médico-sociaux (EMS). Avec, pour tous, des conséquences graves. «La perte de poids a des effets sur de nombreux organes, poursuit Andrea Trombetti. Elle se traduit par une fonte de la masse musculaire, la sarcopénie, qui augmente le risque de chute et donc le nombre de fractures. Elle implique également un affaiblissement du système immunitaire et donc une augmentation de la propension à développer des infections.»

Tout cela conduit à une hausse des taux d’hospitalisation et de mortalité, ainsi qu’à un coût non négligeable pour les systèmes de santé. En 2004, l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) estimait ainsi que les surcoûts des patients dénutris s’élèvent en moyenne à 3500 fr., soit 520 millions de francs par an, notamment en raison d’une durée d’hospitalisation rallongée de 4,9 jours par rapport aux personnes se nourrissant normalement.

Mais pourquoi les seniors cessent-ils de s’alimenter convenablement? «Les raisons sont multiples, répond Andrea Trombetti. Le contexte social joue un rôle important, notamment l’insuffisance de revenus, la solitude ou la dépression. Ensuite, les problèmes de mobilité peuvent conduire les seniors à faire moins de course ou à moins cuisiner, tandis que les soucis de dentition les empêchent de consommer certains produits comme la viande. Enfin, la prise de nombreux médicaments donne parfois l’impression aux personnes âgées d’avoir mangé avant d’avoir commencé.» La perte du goût, qui diminue les plaisirs de la table, est également avancée comme une cause.

Dépistage systématique

S’ensuit ce que les spécialistes appellent la spirale infernale de la dénutrition: moins une personne mange, plus elle voit augmenter les risques de complications médicales. Et plus elle a de complications, moins elle mange. «L’important est de prendre en charge ces patients le plus tôt possible, avant que le processus ne devienne irréversible, souligne Véronique Coxam, directrice de recherche à l’Institut national de recherche agronomique (Inra), qui travaille sur la prévention nutritionnelle des pathologies ostéo-articulaires. Il faut donc poser le diagnostic le plus tôt possible.»

A l’Hôpital des Trois-Chêne, à Genève, tous les patients âgés sont désormais dépistés dès leur entrée, par le biais du test MNA (Mini Nutritional Assessment). «Si un problème de dénutrition est diagnostiqué, une prise en charge spécifique est mise en place afin de couvrir les besoins alimentaires, explique Andrea Trombetti. Cette approche est complétée par un réentraînement à l’activité physique, afin de reconstituer la masse musculaire.» Mais, idéalement, c’est au domicile que ces efforts devraient débuter. Pas à l’hôpital. L’objectif étant de garder un poids constant tout au long de sa vie.

* Manifeste contre la dénutrition: www.luttecontreladenutrition.fr

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