Sur les traces d'un conducteur de chien d'avalanche

SauvetageDurant l'hiver, les chiens d'avalanche et leur maître sont sur le pied de guerre en cas de coulée. Reportage à Siviez, lors de la semaine de cours annuelle, avec un de ces duos finement entraînés.

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Seul dans le chenil situé au-dessous de l'hôtel de Siviez, Shadow trépigne en voyant apparaître son maître. «Il doit se demander pour quelle raison nous ne sommes pas encore là-haut», glisse Florent Massy en libérant le chien de son petit enclos. Les compères se retrouvent comme deux gosses se préparant à aller jouer sur leur terrain favori, la montagne. Entre l'Anniviard âgé de 37 ans et le Golden retriever de 6 ans c'est une histoire de potes. Une équipe qui soigne au quotidien son harmonie. Leur job? Tenter de sauver des vies. Extraire vivants ceux que l'avalanche a englouti. «C'est rare, souvent c'est déjà trop tard. Sur les six interventions que j'ai effectuées, il y avait deux fois des personnes ensevelies, mais nous n'avons pas pu leur sauver la vie. Pourtant, aujourd’hui, toujours plus de gens sont équipés d’un DVA ou d’un sac airbag, mais il ne faut pas croire que c’est une assurance-vie.» Patrouilleur sur le domaine skiable Grimentz-Zinal et conducteur de chien d'avalanche depuis cinq ans, Florent Massy espère pourtant qu'un jour, son allié permettra d'extraire un malheureux de son piège nival. Et de lancer,«Shadow arrive à l'âge où il est au top de sa forme, il est au taquet.»

Une quête éprouvante

L'entraînement du jour lui donne raison. A peine lâché le mot «quête», signifiant le départ de la recherche, le Golden s'élance énergiquement, la truffe alerte. En quelques minutes, il repère une odeur, gratte la neige et se jette dans la cavité où une conductrice de chien s'est dissimulée. «C'est bien copain, montre moi qui t'as trouvé», l'encourage son maître. «C'est comme un jeu pour lui, il faut le motiver, et puis le féliciter pour qu'il ose se lancer et qu'il n'ait aucune peur au contact d'autrui.»

Après une vingtaine de minutes d'exercice, le chien tire la langue, se couche, visiblement lessivé. «C'est très éprouvant pour lui, car en plus de l'exercice physique, ça demande beaucoup de concentration, il doit trier les odeurs. On dit que 30 minutes de recherche correspondent à 4 heures de promenade, il peut donc travailler maximum 45 minutes. C'est pourquoi, lors de longues interventions, il faut plusieurs chiens.»

Dans la grosse neige, parfois sur des pentes abruptes, de nuit, avec des températures avoisinant moins vingt, les interventions sont éprouvantes, pour le chien comme pour son maître. Et à l'effort physique s'ajoute la charge psychologique. «Il y a deux ans à St-Luc, une avalanche s'est déclenchée en fin de journée. Plusieurs chiens étaient engagés, mais en raison de la dangerosité du terrain, nous avons dû partir sans pouvoir localiser la personne emportée. L'homme a été retrouvé deux jours plus tard. Il était resté sur les hauteurs, enseveli sous six mètres de neige. Avec autant de masse, c'est dur pour les chiens, car ça ne laisse pas la possibilité à l'odeur de sortir. C'est difficile de rentrer chez toi quand tu sais qu'un type est toujours coincé là-dessous», raconte le Valaisan les yeux embués.

Activité accessoire

Les sauvetages périlleux, mais aussi l'entraînement, constant, et le devoir d'être disponible pour assurer le service de piquet une semaine par mois. Œuvrer comme conducteur ou conductrice de chien d'avalanche demande des sacrifices. «Quand tu es de piquet et que tu reçois l'appel, tu dois pouvoir être prêt en quelques minutes pour que l'hélico puisse te prendre. Il faut donc avoir ton chien, tes peaux de phoque à portée de main et être situé à proximité d'un endroit où l'hélico peut atterrir», raconte Florent. Comme sa vingtaine d'acolytes, il exerce l'activité de conducteur de chien d'avalanche bénévolement, en parallèle à son emploi. «Pour les entraînements, je prends sur mon temps libre, mais je rêve de faire ça depuis gamin, c'est ma passion, alors c'est ok.»

L'entraînement de la matinée est terminé, Florent attache Shadow en sécurité, en retrait de la piste. Il le retrouvera en fin de journée, une fois l'exercice hors piste en peau de phoque achevé. A mesure que son maître s'éloigne, le Golden retriever émet des petits gémissements. «C'est terrible, plus le temps passe, moins il supporte de me voir partir» , sourit le Valaisan. Deux vieux potes.

Créé: 03.02.2015, 07h21

Une formation intense

En Valais, la formation de conducteur (trice) de chien d'avalanche dépend de l'Organisation cantonale valaisanne des secours. Dans le reste de la Suisse, elle est rattachée au Secours alpin Suisse, mais les compétences demandées sont similaires. Le Valais romand compte une vingtaine de conducteurs de chiens, le canton de Vaud sept et le canton de Fribourg cinq. Les conducteurs, tous bénévoles, sont uniquement dédommagés en cas d'intervention. Pour obtenir leur brevet, ils doivent passer un examen d'entrée, puis suivre la formation, d'une durée de quatre ans, à raison d'une semaine par année dans le Valais romand. Le
conducteur doit ensuite suivre six jours d'entraînement au minimum durant la saison d'hiver et pouvoir assurer le service de piquet pour sa région une semaine par mois. Les compétences des conducteurs sont réévaluées tous les deux ans.

Il n'existe pas de race de chien spécifique pour les interventions sur des avalanches. «Mais il ne faut pas qu'il soit trop court sur pattes, pour pouvoir marcher dans la grosse neige, et il ne doit pas être trop léger, ni trop lourd, car on doit pouvoir le transporter facilement en hélicoptère ou sur le téléski. Une fois, j'ai même dû le porter sur mes épaules, car je n'ai pas eu le temps de prendre un harnais. j'étais content qu'il fasse uniquement 22 kilos», remarque Florent Massy. Le chien doit aussi être très résistant au froid et être capable d'obéir parfaitement à son maître. Florent Massy de son côté a pris soin de choisir un chien avec de bonnes capacités d'apprentissage, issu d'un élevage fournissant également des chiens guides d'aveugles. Et pour la résistance au froid, il l'a immédiatement habitué en le faisant dormir dehors.

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