Le trail, l’atout touristique qui se pratique en toute saison

TendanceLa course en montagne séduit toujours plus de stations alpines qui lui offrent des sentiers balisés.

Les stations de montagne développent leurs infrastructures pour attirer les «trailers» amoureux des cimes.

Les stations de montagne développent leurs infrastructures pour attirer les «trailers» amoureux des cimes. Image: MARCEL GIGER

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Admirer le panorama en évitant de se prendre les pieds dans des racines récalcitrantes, transpirer un bon coup en attaquant la énième montée avant le sommet: tous ces efforts sont autant de plaisirs… ou de souffrances que s’imposent les coureurs de montagne. Le nombre de ces trailers croit sans cesse et, oui, «on va en voir de plus en plus», prédit Véronique Kanel, porte-parole de Suisse Tourisme. «La course à pied connaît depuis longtemps un fort engouement, mais beaucoup de gens se lassent du bitume des villes.

Le trail s’est démocratisé car il propose un environnement différent, d’autres difficultés physiques et, comme avec la marche à pied, les beaux paysages traversés, le calme induisent un état méditatif que recherchent de plus en plus de personnes.» Plus facile que le VTT, il se pratique simplement sur les chemins de randonnée. Les acteurs touristiques ont d’ailleurs bien compris son potentiel et mettent désormais en place des sentiers balisés spécial trail dans les Alpes.

«L’envie était d’élargir le terrain de jeu»

Cet été, Crans-Montana a inauguré dix nouveaux itinéraires qui s’ajoutent aux cinq déjà existants, offrant ainsi un réseau de 200 km parcourant toute la station valaisanne. Les Portes du Soleil ont lancé le mouvement au printemps 2017 avec, côtés suisse et français réunis, pas moins de 54 parcours pour 400 km de sentiers. Ont suivi le val d’Anniviers et la commune d’Ollon (avec six chemins à la signalétique bleue, rouge ou noire selon leur degré de difficulté). «Nous avons déjà deux courses populaires sur notre territoire. L’envie était d’élargir le terrain de jeu. En charge des chemins pédestres, je connais bien le coin et je pratique régulièrement cette discipline», explique Jean-Marc Mathys, le garde forestier de la Commune qui a imaginé les tracés. Le mari de Maude Mathys, sportive d’élite en athlétisme et ski-alpinisme, a aussi bénéficié de l’expérience de sa femme pour créer des trajets «mélangeant des aspects techniques à de beaux panoramas. Un coureur qui ne connaît pas la région va ainsi découvrir directement les endroits les plus intéressants sans perdre du temps.»

Le nombre des courses populaires est un bon baromètre pour mesurer la popularité de ce sport. «Ces dix dernières années, les compétitions locales dans les régions de montagne ont certainement été multipliées par cinq en Suisse», note Véronique Kanel. Un engouement qu’observe également Anouck Beytrison, l’une des concepteurs des nouveaux parcours de Crans-Montana et fondatrice du Trail des Patrouilleurs, dont la 5e édition se disputera le 29 septembre. «La première année, nous avions 500 coureurs. En 2017, environ 1200. Le parcours le plus prisé est celui de 25 km en équipe mixte. L’ambiance y est très conviviale. Les gens aiment le trail car il ne demande que peu de matériel et permet de marcher à tout moment en admirant la vue.»

Moins d’orages en automne

La course en montagne possède un autre atout touristique de taille: on peut l’exercer presque toute l’année, les sportifs empruntant volontiers les infrastructures locales, comme les remontées mécaniques, pour se déplacer. De quoi séduire les stations de montagne qui cherchent à attirer les clients hors des périodes de vacances traditionnelles estivales ou hivernales. La nouvelle campagne de Suisse Tourisme vise justement le potentiel de l’automne. «Aujourd’hui on ne fait plus référence à deux mais à quatre saisons», poursuit Véronique Kanel.

Les dernières statistiques fournies par l’organe de promotion montrent que, à cette période de l’année, ce sont essentiellement les Suisses qui privilégient des séjours – généralement courts – en altitude. Et les données météorologiques indiquent que l’automne a gagné en stabilité, le nombre d’orages ayant reculé entre 1950 et 2016. «Le potentiel de développement du trail est encore important dans les Alpes suisses, où il existe une grande diversité de territoires propices à sa pratique, de quoi enthousiasmer de plus en plus de trailers», conclut Véronique Kanel. (24 heures)

Créé: 08.09.2018, 11h03

Pour aller plus loin

Envie de courir dans l’Oberland bernois, le Tessin ou la Suisse orientale? Ce guide, coécrit par quatre mordus de trail et amoureux des cimes, réunit une sélection de 30 parcours – soit un total de 800 km et 56 000 m de dénivelé positif – répartis dans toute la Suisse. Chaque descriptif fournit une carte, la difficulté, avec en prime les sommets visibles à ne pas manquer en route.

R.M.

«Courir les montagnes suisses»

Doug Mayer, Kim Strom, Janine et Dan Patitucci
Éditions Helvetiq, 318 p.

La course mythique qui transforme les coureurs en géants

Jusqu’à sept jours et six nuits de progression non-stop à travers le Val d’Aoste. Au total, 330 kilomètres, 25 cols et un dénivelé positif de plus de 30 000 mètres. Sans parler des conditions météorologiques parfois dantesques. Ce n’est pas pour rien que le Tor (qui signifie «tour» en patois valdôtain) des géants est régulièrement cité comme l’un des ultra-trails les plus difficiles du monde. La course, qui emprunte les deux hautes routes (Alta via) du Val d’Aoste, met le physique des participants à rude épreuve. En partant de Courmayeur, au pied du Mont-Blanc, les plus rapides – une poignée, seulement – mettent moins de 80 heures (le record est de 67 heures 52 minutes). Les autres, soit près de 900 coureurs venus du monde entier, dont 23 Suisses, rêvent non pas de se hisser sur le podium mais simplement de finir le parcours dans les temps impartis. Car, de l’aveu de nombreux participants, le Tor est un voyage plus qu’une compétition.

Durant la course, il n’est pas rare que la neige et le froid viennent jouer les trouble-fête. Mais l’obstacle le plus terrible est le manque de sommeil: à peine quelques heures pour ceux qui sont suffisamment en avance sur les barrières horaires. Le long du parcours, six bases-vie permettent de se restaurer et de fermer les yeux quelques instants… Et peut-être de repartir. Le taux d’abandon est important: 40% des coureurs environ ne finissent pas l’épreuve.

Les grandes vedettes de la course restent les sommets, ces 4000 mètres qui jalonnent le parcours. Mont-Blanc, Grand-Paradis, Mont-Rose, Cervin, Grand-Combin… Que ce soit au lever ou au coucher du soleil, sur fond de ciel bleu ou drapés de nuages, voire de nuit, éclairés par la lune, les découvrir pendant l’effort est un émerveillement autant qu’un point de repère. Tels des cairns, ils indiquent aux coureurs leur progression. Ceux qui aperçoivent enfin le Mont-Blanc depuis le col de Malatra – le dernier! –, savent que la boucle est près d’être bouclée. C’est sûr, quand ils le découvrent enfin, ces participants ont mérité le surnom de «Géants». Il est donné à tous ceux qui passent la ligne d’arrivée de cette épreuve devenue mythique.

Au-delà des motivations sportives, le désir de vivre une immersion profonde au cœur d’une nature sauvage est partagé par tous. Les paysages sont grandioses et s’égrènent à travers plusieurs réserves naturelles, dont le Parc nationaldu Grand-Paradis, connu pour ses importantes populations de bouquetins qui ont permis de repeupler les Alpes suisses au début du XXe siècle. La chasse y étant interdite, la faune n’est pas farouche. Des chamois, des lièvres variables, des lagopèdes ou encore des aigles royaux peuvent régulièrement être observés au détour des sentiers. Il n’est pas rare que des hallucinations, fréquentes après plusieurs nuits sans sommeil, viennent rallonger la liste des espèces que les coureurs pensent avoir vues.

Alexander Zelenka

L’ultra-traille Tor de Géants traverse des paysages alpins sublimes. Le départ de la course sera donné dimanche depuis la place Brocherel, au centre de Courmayeur.

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