Le Vaudois Albin Christen ou le privilège de faire tapisserie

TendancesLes dessins de l’illustrateur font partie de la nouvelle collection des prestigieux Ateliers d’Aubusson

Ces ailes aux formes originales ajoutent une touche aérienne.

Ces ailes aux formes originales ajoutent une touche aérienne. Image: DR

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On connaît ses personnages aux visages de masques, ses vagues en forme de spirales, ses détails cachés et ses couleurs chatoyantes. Tout Lausannois a croisé au moins une fois une illustration signée par Albin Christen, dont l’invitation au rêve n’a d’égale que sa modestie permanente.

Graphiste de formation, professeur à temps partiel à l’ERACOM, cela fait maintenant 20 ans que le Vaudois d’Aubonne est devenu illustrateur indépendant, avec pour clients, entre autres, Pierre Corajoud et ses balades, le théâtre de marionnettes de Lausanne ou encore le festival de littérature américaine en terres vaudoises d’Oron-la-Ville. Il a même signé l’affiche de l’édition 2000 du Montreux Jazz Festival.

Son curriculum vitae impressionne, ses traits invitent au voyage. Il préfère d’ailleurs s’exprimer avec ses courbes plutôt que de parler de lui. «J’aime dire que je fais du graphisme illustré, explique-t-il le regard fuyant, mais le sourire fixé aux lèvres. Définir mon style m’est difficile, j’imagine qu’il est naïf, narratif, poétique. J’aime les arts vivants, les traditions. Dans tous mes dessins, on retrouve une base réelle, mais je pense qu’ils invitent ensuite à l’évasion, à la rêverie, au voyage.»

Sous les couleurs, le voyage

En y regardant de plus près, on trouve la Tour de Sauvabelin sur l’aile d’un oiseau magique, des enseignes de motels américains dans un vêtement d’Indien. Enormément de détails et de travail sous l’apparence d’un premier abord enfantine et joyeuse. «J’ai été invité à redécorer les tentures du cinéma Rex d’Aubonne où j’avais vu de nombreux films quand j’étais enfant et ado, explique-t-il dans son joli atelier de la rue Marterey, une tasse de café à la main. On y voit des oiseaux aux plumes richement colorées, de la végétation luxuriante, mais en s’approchant, on remarque que parmi les fleurs se cachent des têtes de mort…»

S’il travaille aussi bien sur commande que suivant sa propre inspiration, s’il mise sur son travail pour se faire connaître, Albin Christen (42 ans) sait aussi fonctionner au coup de cœur. «J’ai vu un petit article sur les Ateliers Aubusson dans un magazine de décoration. Ma tante avait épousé un paysan de la Creuse et elle insistait toujours pour que l’on aille découvrir les tapisseries d’Aubusson quand j’étais enfant. Je ne les ai jamais vues comme des grands tapis poussiéreux.

’aimais tout ce qui était médiéval et leurs illustrations de la nature, les détails des oiseaux et des fleurs me parlaient au moins autant que celles des chevaliers. Spontanément, dès le magazine refermé, j’ai envoyé un dossier et 10 jours plus tard j’étais à Paris pour présenter mon travail aux deux cofondateurs. Ils m’ont demandé combien de temps il me faudrait pour leur présenter quatre projets, j’ai répondu qu’ils auraient quelque chose dans les dix jours!»

«L’oiseau» fait partie des illustrations d’Albin Christen que les Ateliers d’Aubusson proposent dans leur collection 2017. Il est tissé à la demande et proposé en trois tailles différentes.

Les deux Français ont adoré l’univers d’Albin Christen, très proche des valeurs et des inspirations chères à Aubusson. Le Vaudois, s’est réjoui de l’opportunité de travailler sur un nouveau support. «Je ne pense pas vraiment gagner d’argent avec cette collaboration, rigole-t-il. J’y trouve surtout du plaisir et aussi un peu de fierté quand je vois le catalogue en ligne et les autres artistes choisis par Pierre Matthieu et Guillaume. L’occasion de faire encore de nouvelles rencontres.

Cette aventure, c’est une célébration du retour à l’artisanat, l’occasion de voir mes dessins sur une matière autre que du papier et d’imaginer quelqu’un se coucher pour passer la nuit sous «La belle endormie»… J’aime dessiner, moi, et raconter des histoires, tout simplement. Cela fait longtemps que je ne suis plus à la recherche d’une quelconque reconnaissance!»

www.albin.ch (24 heures)

Créé: 15.07.2017, 16h10

Des jeunes tissent l'avenir de la profession

Guillaume Monnoie et Sylvain Matthieu Boyer se sont connus à l’école de commerce. Tous deux descendants d’entrepreneurs, ils ont immédiatement cherché l’inspiration pour créer leur propre boîte, unissant des concepts modernes à un artisanat «made in France». «Deux de nos amis ont repris une coutellerie régionale et m’ont fait penser à la tradition séculaire des tapisseries d’Aubusson, cette petite ville de la Creuse, que ses habitants ont tendance à délaisser, où je passais mes étés avec mes grands-parents», raconte Sylvain Matthieu Boyer.

Aubusson est à la tapisserie ce que Limoges est à la porcelaine. Une sorte de Mecque et de gage de savoir-faire. «A l’époque, c’était une manufacture royale, reprend le jeune homme. Aujourd’hui, il existe trois branches différentes et une quarantaine d’artisans indépendants, tous plus ou moins spécialisés. Nous avons décidé de tisser l’avenir de la tapisserie, de dépoussiérer son image, de la faire entrer dans des pièces modernes et épurées pour leur amener un peu de chaleur, de relief, de magie.» Les amis se lancent et présentent leur entreprise, les Ateliers Aubusson au salon parisien Maison & Objet en septembre 2015. «Nous avons un respect énorme pour cet héritage culturel. Si bien que pour nous, il est primordial de conserver son… fil conducteur! Nos tapisseries ont un design plus moderne, nous avons numérisé les métiers à tisser, mais les thèmes sont les mêmes que sur les tapisseries royales des châteaux, comme la nature ou la mythologie.» Commercialement, les Ateliers Aubusson s’inspirent de la mode en présentant des collections, avec des pièces personnalisables, aussi bien au niveau des couleurs que des tailles. Ils proposent aussi toutes les techniques nécessaires à l’accrochage de leurs pièces, «sur lesquelles on peut passer un coup d’aspirateur sans-souci. Elles ne nécessitent que peu d’entretien!» Leurs clients sont des particuliers, des architectes d’intérieur, des hôtels, des entreprises ou même un magasin de luxe. «Nous proposons trois tailles de tapisseries, toutes numérotées et cela dès 500 euros. Nous insistons sur la qualité de nos fils et des pigments utilisés pour leur teinture. La tapisserie entre par les portes et par les fenêtres, elles habillent des endroits où les tableaux ne feraient pas l’affaire, comme dans des couloirs étroits ou même sous des fenêtres. C’est un art versatile, même carrément moderne!»

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