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Le temple du ski indoor a ouvert à Harbin

La plus grande halle de ski au monde a ouvert il y a deux mois au nord de la Chine. Visite des lieux.

Le télésiège offre une vue imprenable sur, à choix, une façade de chalet encastrée dans une paroi de métal, un bonhomme de neige grassouillet, un château que l’on croirait sorti d’un film de Disney, des chaînes de montagnes peintes à l’aérographe et surmontées de gigantesques logos BMW. Un «brin» kitsch, le décor tente de transporter le skieur vers les sommets alpins. Et de faire oublier que nous sommes en plein mois de septembre, à 150 m du niveau de la mer, qu’il fait plus de 25 °C à l’extérieur et, qu’à quelques mètres de nous, les amateurs de lèche-vitrines s’en donnent à cœur joie.

Il y a deux mois, la plus grande et plus haute halle de ski au monde ouvrait ses portes à Harbin, dans le nord de la Chine. Elle a coûté 2,2 milliards de yuans, soit 323 millions de francs. Avec elle, trois hôtels, un centre commercial et un parc d’attractions sont sortis de terre. Le tout financé par le groupe Wanda, qui possède en Chine une cinquantaine de cinq étoiles, 6000 écrans de cinéma, 71 centres commerciaux et dégage un chiffre d’affaires de 37 milliards de francs. Même dans ce quartier flambant neuf de cette ville, plus peuplée que la Suisse (10,6 millions d’habitants), et piqueté de gratte-ciel, ce monstre rouge frappe par son allure. «Son design est censé évoquer un patin à glace. Le toit incurvé et les pistes de ski forment le haut de la botte, le centre commercial, la lame», décrit Yi Li en nous accueillant à l’entrée du complexe. Le directeur du domaine skiable intérieur est bien connu en Suisse: il faisait partie des sept moniteurs chinois venus se former dans les Alpes en 2014.

Un petit tour à la boutique de location de matériel – combinaisons, casques, chaussures, skis et bâtons, ici tout est fourni – et on prend le chemin des pistes. Avant d’y arriver, il faut franchir un sas. Un outil important, puisqu’il contribue à garder l’air froid à l’intérieur de la halle. «L’électricité représente la plus lourde charge d’exploitation, explique Yi Li. Ces deux derniers mois, nous avons dépensé 50 000 yuans par jour (ndlr: 7400 francs). Mais on vient de vivre les deux mois les plus chauds. En hiver, la moitié devrait suffire.»

Au bas des pistes, l’immensité de la halle frappe presque autant que le froid de canard qui y règne en ce dimanche matin. «On a fabriqué de la neige il y a quelques heures», signale le directeur, en désignant une rangée de ventilateurs fixés sous les poutrelles du plafond. Dans cette halle de 80 000 m2 et haute de 120 m, deux télésièges et deux tapis roulant tractent les skieurs vers le «sommet». Tout autour, six pistes ont été tracées, permettant aux skieurs de tous niveaux de s’ébattre. Jusqu’à 3000 personnes peuvent y skier, «même si remplir n’est nécessairement pas notre objectif; nous préférons que nos clients aient de l’espace.»

La Black Dragon slope (piste du dragon noir), la plus ardue est peu fréquentée. Au contraire de la petite Rabbit slope (piste du lapin, 40 m), où quelques adultes apprennent les rudiments du ski. «Le dépôt de la candidature de Pékin en 2010 aux JO de 2022 a marqué un tournant en Chine (ndlr: lire également en pages 2-3). Le ski a commencé à susciter un fort engouement partout en Chine. Mais à Harbin, il existe une longue tradition des sports d’hiver. Nous avons une équipe de hockey qui évolue avec les clubs russes, la ville est entourée de nombreuses stations. Ici, une bonne part des habitants a appris à skier il y a une vingtaine d’années. Contrairement, par exemple, aux habitants de Pékin, comme moi, qui ont commencé il y a dix ans.»

«Il manque des montagnes»

Direction l’un des télésièges deux places pour essayer sans tarder la Deer slope (la piste du cerf). Avec un tracé de 500 m, elle constitue la 4e piste intérieure la plus longue au monde. La première descente à un petit goût frustrant: après un voyage de près de cinq minutes sur la remontée mécanique, il faut tout juste trois minutes (et sans se fouler) pour dévaler la pente. On se prend malgré tout vite au jeu, dans l’immensité de cette halle. Lorsqu’on fait remarquer à son directeur que le panorama ne vaut guère celui d’Engelberg, station qui l’a accueilli à l’époque, il sourit: «Oui, il manque quelque chose… Des montagnes! Les domaines indoor ne remplaceront jamais les stations de ski; ce n’est pas le but. Pour notre société, c’est une offre supplémentaire dans notre centre commercial. Vous pouvez venir faire quelques descentes après le travail ou effectuer vos achats et faire un crochet sur les pistes. Et vous pouvez skier toute l’année, y compris en été et toujours à l’abri du vent.» S’il est possible de prendre une carte journalière (70 francs, équipement compris), des forfaits de trois heures existent également (45 francs). Restent que les clients viennent parfois de loin pour tester la nouvelle attraction: «Quelque 20% de nos clients sont de Harbin. Les autres viennent majoritairement de Pékin, à deux heures de vol d’ici. Nous avons aussi pas mal de Russes et de Coréens, ces deux pays étant proches.»

En deux mois, un peu moins de 100'000 personnes ont déjà chaussé les lattes dans le ski-dôme. Preuve qu’il existe une demande pour ce type d’infrastructures. «Il en existe une dizaine en Chine, dont certaines sont relativement petites. D’autres vont se construire prochainement. La présence de domaines indoor dans les centres-villes est une excellente vitrine pour ce sport. On amène sur les pistes des personnes qui ne se rendraient pas en station.» De quoi permettre d’atteindre l’ambitieux objectif fixé par le président chinois Xi Jinping d’amener 300 millions de ses compatriotes aux sports de neige. «Je ne pense pas que ce chiffre soit réaliste, commente Yi Li. Je le vois plutôt comme un slogan. Mais il atteste en tout cas d’une volonté forte de développer ce marché.» Wanda choie d’ailleurs cette clientèle. En contrebas des pistes, un jardin des neiges a été aménagé et de nombreuses attractions imaginées pour les plus petits: balades avec chiens de traîneau, visite d’un village de Noël et circuit sur neige à bord de chars d’assaut chinois miniatures… Un petit coin de paradis.

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