«On a vécu une aventure d’une richesse folle»

TélévisionLa famille Ashtamkar a émigré en Inde sous l’œil des caméras de la RTS pour «Bye bye la Suisse». De retour, elle se raconte avant la diffusion de l’épilogue.

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Il y a quatre ans, les Vaudois Joanne et Raphaël Ashtamkar, et leurs enfants Sanjay et Jaya, disaient adieu à la Suisse pour l’Inde. Une confrontation avec l’altérité comme en vivent de nombreux autres Suisses. Si ce n’est que leur exode, les balbutiements de leur installation à Mumbai, puis des épisodes de leur vie là-bas se sont déroulés sous l’œil des caméras de la RTS pour l’émission «Bye bye la Suisse».

Leur séjour, qui aura duré trois ans, a pris fin il y a bientôt douze mois, et la famille est rentrée pour s’installer dans un petit village des environs d’Aubonne. Joanne et Raphaël avaient répondu à un appel de candidatures de la télévision parce que «ça ferait un souvenir sympa pour la famille». Ils n’imaginaient pas accéder au rang de quasi-peoples romands après la diffusion.

La famille sollicitée

Sur place déjà, ils ont pu mesurer l’immense curiosité qu’a suscitée leur démarche: «On a reçu beaucoup de mails de prise de contact, ou de la part de personnes qui souhaitaient s’établir en Inde», raconte Joanne, installée sur un canapé du Mumbai Bar, à Nyon. Tout comme le Khana Mandir attenant, qui sert une authentique cuisine indienne, l’établissement est tenu par Raphaël, tandis que sa femme y donne des coups de main.

Si, là-bas, le quatuor était tout le temps dévisagé, ici, les parents sont abordés régulièrement dans la rue, au supermarché, même au match de hockey ou au Glacier 3000. «On nous demande souvent si on est en vacances, et quand est-ce qu’on repart. Quand on dit qu’on est rentrés pour de bon, les questions commencent le plus souvent par «Vous n’avez pas…», constate Joanne. Sans être amère, elle s’étonne de ces interrogations formulées par la négative: «Les gens voient uniquement cela sous le prisme de la réussite professionnelle, alors qu’on a vécu une aventure extraordinaire, d’une richesse folle.»

«Sur place, rien n’a été facile, à aucun moment. On a bataillé tous les jours.»

Donc, pour officialiser leur retour auprès de ceux qu’ils ont intrigué ou fait rêver, les Ashtamkar ont accepté d’être filmés à nouveau par l’équipe de la journaliste Anne-Lise von Bergen à l’enseigne de «Bye bye la Suisse», que sont-ils devenus? L’émission reviendra aussi, mercredi soir, sur l’aventure de la famille Leibzig.

Joanne parle volontiers, Raphaël économise ses mots. C’est donc elle qui revient, en majeure partie, sur l’expérience vécue. Elle le dit d’emblée: «Sur place, rien n’a été facile, à aucun moment. On a bataillé tous les jours. On est partis «à la Suisse», avec des idées précises, des attentes, mais ce voyage nous a apporté tellement plus que ce qu’on allait chercher. Par rapport à ma façon de vivre d’avant, j’ai lâché beaucoup d’exigences, envers moi-même et envers les autres. Ce voyage a aussi renforcé la cellule familiale, et on a fait de magnifiques rencontres.» Elle lâche: «On n’avait d’ailleurs pas envie de rentrer.» Car à Mumbai, la cité aux 20 millions d’habitants, «tout est euphorisant. L’énergie de la ville nous porte.» Ils sont revenus parce que Raphaël n’a pas pu ouvrir le restaurant suisse dont il rêvait là-bas, et parce que le sien, ici, avait besoin de leur présence. «Nous avons dû faire un choix», glisse-t-il.

Beaucoup d'imprévus

Près d’un an, c’est le temps qu’il leur a fallu pour atterrir, se réacclimater à la douceur et à la facilité de leur terre natale, après l’énergie de la vrombissante mégalopole. Un an pour comprendre ce qui s’était passé là-bas, pour digérer. Et même s’ils sont de retour, l’Inde n’est jamais loin. Leur aventure, la trentenaire se la remémore devant un plat à la coriandre. «Raphaël, dont le père est Indien, a fait des voyages dans le pays depuis tout petit. Il rêvait d’aller y vivre. Moi, j’étais très réticente. Puis un jour j’ai senti que c’était le moment, avant que les enfants ne soient trop grands. Ils n’avaient alors pas deux et quatre ans.»

Dès l’installation cependant, rien ne se passe comme prévu. A commencer par leur seul point de chute, l’appartement loué à l’avance, qui se révèle insalubre. «On a ensuite changé cinq fois d’hôtel avec tous les bagages, les enfants et nous malades… Les critères pour attribuer des logements sont très compliqués. Et c’est aussi cher, si ce n’est plus, qu’ici.» Le quatuor trouve enfin un logement. Et tandis que Raphaël se heurte à l’administration pour son projet d’importation de fromage en vue d’ouvrir son affaire, Joanne, de son côté, s’efforce de s’adapter à son nouvel environnement.

«J’étais une extraterrestre»

Elle appuie son mari, s’occupe des enfants, de la logistique. Refusant les facilités de la vie «dans un cocon d’expatriés à qui on procure un appartement, un médecin, une école, un chauffeur…», les Ash­tamkar apprennent à tout expérimenter par eux-mêmes: «Faire des courses demandait une demi-journée, car il fallait aller dans une douzaine d’échoppes différentes. Acheminer des enfants en bas âge chez le médecin tient du casse-tête, car il y a très peu de places de parc disponibles.»

Là-bas, elle ne conduit d’ailleurs pas. C’est son mari qui les véhicule. Sinon, elle emprunte le taxi. «En voiture, vous faites un kilomètre en 40 minutes, aller amener les enfants à l’école prenait ainsi 50 minutes par trajet.» Dans la ville où a grandi le père de Raphaël, le couple souhaite vivre à l’Indienne. Ils mangent dans la rue, inscrivent leurs enfants dans des écoles où ils apprennent l’hindi et le marathe, et Joanne donne même des cours de pâtisserie à ses voisines: «Dans ce quartier où vit la haute bourgeoisie, j’étais une extraterrestre. Chaque famille a entre cinq et douze domestiques, de la cuisinière à la personne qui lave le sol, sans oublier la «didi», la nounou des enfants. J’étais une mère à 100%, alors qu’elles devaient surtout s’occuper de se trouver des occupations…»

La boucle est bouclée

Tandis qu’elle épaule son mari dans les différentes affaires qu’il lance – commerce de T-shirts, vente d’éléments de place de jeux, importation de chocolat –, elle crée aussi un blog. «J’ai toujours aimé écrire, mais là-bas, ça m’aidait à digérer les choses, je pouvais confier ce que je ne pouvais raconter à personne.» Le processus d’écriture a repris à son retour. Il s’est même intensifié, pour lui permettre de mieux comprendre l’expérience indienne. La Vaudoise prépare d’ailleurs un livre. Elle n’a pas abandonné les affaires pour autant: parmi les rencontres qu’elle a faites durant leur séjour, un contact de confiance lui permet désormais d’importer des foulards en cachemire, qu’elle propose à des commerces de la région.

Raphaël, qui a réalisé son rêve, admet avoir bouclé la boucle. Non sans lâcher: «On va y retourner c’est sûr, mais sous une autre forme.» D’ailleurs, il se voit aussi très bien repartir ailleurs. «Tant que je suis avec ma femme et mes enfants, je peux aller partout.»

Créé: 25.12.2016, 17h47

Infobox

«Bye bye la Suisse, que sont-ils devenus?»
Me 28 déc. à 20 h 05, RTS Un
www.rts.ch

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