La Pologne dévoile les trésors de sa renaissance

EscapadeVarsovie et Lódz sont à l’image d’un pays qui tourne la page de son très sombre XXe siècle.

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«En Pologne, Cracovie, c’est le passé, Varsovie, c’est le présent, mais Lódz, c’est le futur!» Au pas de charge, un jeune guide se fait une mission de mettre la petite cité industrielle sur la carte touristique. Lódz (prononcez «Woodge») est à une centaine de kilomètres de la capitale, mais il vaut le coup d’y faire un tour pour qui veut humer l’air de ce pays avide de renaissance.

La ville a vécu ses grandes heures au XIXe siècle, devenant en un éclair un centre important de l’industrie textile en Europe. Deux guerres mondiales et la mainmise soviétique sont passées par là, mais les vestiges de cette époque sont étonnants et ont récemment connu un sérieux lifting. De l’empire d’Izrael Poznanski, l’un des rois du coton de Lódz, il reste aujourd’hui son ancienne usine, la Manufaktura, dont les bâtiments de brique rouge ont été restaurés pour en faire un vaste campus commercial assorti d’un hôtel. À Lódz, la déferlante du shopping a eu le mérite de ressusciter de la très belle architecture industrielle. À côté de la fabrique, on peut également découvrir «Le Louvre polonais», comme l’appellent les gens du cru. Comme la myriade d’autres barons industriels de Lódz, Poznanski s’était fait construire un étonnant palais. La ville en compterait encore au moins deux cents, dont plusieurs peuvent encore se visiter.

Le renouveau relativement récent de Lódz fait écho à celui de Varsovie, souvent éclipsée aux yeux des visiteurs par Cracovie, l’ancienne capitale, resplendissante et préservée des destructions de la Seconde Guerre mondiale. Aujourd’hui, elle a le visage d’une ville européenne chargée d’histoire et portant peu de stigmates du passé. C’est qu’elle a été très largement reconstruite, après avoir été rasée à plus de 85% par les nazis. Cette renaissance architecturale s’est opérée sur des dizaines d’années pendant la période soviétique. La vieille ville, notamment, n’a de vieille que le nom et l’apparence. Elle a été reconstruite non pas exactement dans son état d’avant-guerre, mais telle qu’elle était au XVIIIe siècle.

L’antagonisme entre Polonais et Russes émaille l’histoire de cette reconstruction. Une anecdote veut que la vieille place du marché devait être reconstruite en maintenant une ouverture sur l’Est, en hommage à l’URSS. En une seule nuit, l’architecte en charge du projet aurait engagé le chantier afin de réaliser la rangée de maisons fermant le square. Autre fierté des Varsoviens, celle d’avoir rebâti, en levant des fonds privés, le palais royal complètement détruit, que les Russes ne voulaient pas voir renaître. En souvenir de leur trahison durant la guerre et, en particulier, pendant l’insurrection de Varsovie (lire ci-dessous), il paraît qu’un clairon sonne chaque jour en direction du nord, du sud et de l’ouest, mais pas de l’est.

Un impressionnant vestige de l’époque soviétique n’en continue pas moins de dominer le centre-ville, même s’il cohabite dés­ormais avec les buildings de verre et d’acier. C’est le Palais de la culture et de la science, culminant à 237 mètres, qui a été construit sur le modèle des «Sept sœurs de Moscou», fameux gratte-ciel staliniens d’après-guerre. L’édifice abrite aujourd’hui des expositions, salons et congrès, ainsi qu’un cinéma multiplexe, quatre théâtres et deux musées. Ironie de l’histoire, il domine une longue artère, autrefois conçue pour accueillir les défilés militaires. Aujourd’hui, ce sont les enseignes de multinationales et les devantures de magasins qui s’y pressent.


Le souvenir de l’insurrection

Ouvert en 2004, le Musée de l’insurrection de Varsovie retrace un épisode particulièrement meurtrier de la Seconde Guerre mondiale en Pologne. Le soulèvement des Varsoviens contre l’occupant nazi a commencé en août 1944 et a été écrasé en l’espace de trois mois, se soldant par la mort de 16'000 combattants de la résistance et 150'000 à 200'000 civils.

La visite ne manque pas de rappeler comment la Pologne a été envahie tant par l’Allemagne que par l’URSS suite au traité de non-agression entre les deux pays signé en 1939, le pacte Molotov-Ribbentrop. Cette trahison russe, dont le ressentiment traverse l’exposition, atteint son paroxysme dans le contexte de l’insurrection de Varsovie. En 1944, la résistance a entrepris de chasser les nazis tandis que les troupes russes progressaient en direction de la capitale. Mais plutôt que soutenir cette opération, les soldats de Staline ont retenu leur avancée, laissant les Allemands anéantir la résistance polonaise et raser la ville en grande partie.

L’on prend conscience de l’ampleur des destructions en visionnant une reconstitution filmée en trois dimensions qui montre Varsovie vue d’avion après la guerre. Le spectacle de désolation permet à peine de reconnaître les rares constructions qui ont subsisté jusqu’à aujourd’hui. Au milieu de ces ruines à peine debout, le périmètre du ghetto juif de Varsovie ressort presque en creux, car rasé jusqu’au sol après sa tragique révolte en 1943.

Le musée contribue à construire le récit national polonais après la fin de l’ère soviétique. Un récit où les Russes apparaissent presque sous un jour plus sombre que les Allemands.

Créé: 05.04.2019, 09h24

Evénement

La Pologne sera à l’honneur au Salon franco-suisse des voyages, au Palais Lumière d’Évian, les 6 et 7 avril. Entrée libre.

L'héritage juif

À la mémoire des quelque 3 millions de Juifs polonais disparus dans la Shoah, le musée «Polin» a ouvert en 2013 à Varsovie. Il retrace plus de mille ans d’histoire des communautés juives en Pologne, devenue un refuge au Moyen Âge face aux persécutions subies en Europe de l’Ouest. Selon la légende, Polin veut non seulement dire «Pologne», mais également «repose-toi ici» en hébreu. Le musée a été construit dans l’ancien ghetto, où jusqu’à 400 000 juifs ont été enfermés durant la Seconde Guerre mondiale. (Image: M. Starowieyska, D. Golik, Muzeum Historii Zydow Polskich POLIN)

Chopin et Rubinstein

Varsovie se visite bien sûr avec la musique de Chopin dans les oreilles. Si l’on ne se rend pas au musée qui lui est consacré, des concerts – de qualité variable – sont organisés chaque soir, et quelques bancs publics diffusent même son répertoire. À ?ódz, c’est au pianiste Arthur Rubinstein, originaire de la ville, que l’on rend hommage. Parmi les nombreuses œuvres monumentales de street art qui ornent les rues, le visage du musicien est devenu un véritable emblème. (Image: Urzad Miasta Lodzi)

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