Les contrastes de Leipzig, avant qu’il ne soit trop tard

EscapadeLa belle ville de Saxe promet une balade entre musique classique, punks, ex-RDA et douceur de vivre.

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Difficile, en librairie, de trouver plus d’un guide sur Leipzig. Pour s’y rendre, il faudra choisir le train ou mettre le prix: aucune compagnie low cost ne fait les 900 km depuis Genève. Des signes que Leipzig n’est pas encore prise d’assaut.

Sauf que la ville d’ex-Allemagne de l’Est est déjà surnommée «Hypezig» ou «nouveau Berlin». Alors si le voyage vous tente, dépêchez-vous! Foi de Lipsien, tout a déjà changé ces dix dernières années. Et le mouvement tend à s’accélérer. Frédéric Tschumi, chef de l’orchestre universitaire de Leipzig (24heures du 31 juillet) et guide improvisé, nous sert cette introduction, de la nostalgie dans la voix. Il déplore la hausse des loyers et plus généralement des prix, la disparition lancinante de lieux squattés, alternatifs, la muséification du street art, l’uniformisation des modes...

Mais Leipzig n’a pas le cosmopolitisme de la capitale allemande. Ses 590 000 habitants, hormis les nombreux étudiants, sont très majoritairement des Allemands de souche. Sa population augmente constamment depuis la fin des années 90, mais elle avait enregistré une diminution de 100 000 habitants à la chute du Mur. Pour la première fois en 2015, les déménagements de Berlin vers Leipzig ont été plus nombreux que ceux en sens inverse. Leipzig n’a pas non plus la taille de Berlin. Pourtant, les grands espaces ne manquent pas.

Découvrir Leipzig, c’est avoir la chance de voir des couches historiques magnifiquement empilées, étonnamment conservées et entrelacées. Royaume de Saxe, IIIe Reich, RDA, anarchie… C’est se balader sur des boulevards extralarges ou dans de grands parcs loin d’être bondés. C’est goûter à une vie relax, souvent à vélo ou à pied. Frédéric Tschumi recommande une première plongée dans la ville par son axe principal, sa colonne vertébrale: la Karl-Liebknecht-Strasse. «Karli» pour les intimes. À son extrémité nord, le petit cœur historique offre un dédale de ruelles, largement piétonnes. On y visite deux églises dont les anciens occupants donnent le tournis autant que leur architecture. L’église Saint-Thomas, bijou gothique, a connu le plus fameux des Kapellmeister et maîtres d’orgue: Jean-Sébastien Bach. Sa tombe y a été transférée en 1950.

À 200 mètres, on tombe sur la Nikolaikirche, elle aussi gothique. Son intérieur aux colonnes et plafond archifleuris et entièrement rose et vert sont époustouflants ou écœurants, selon les goûts. Il se dit que c’est là que la chute du Mur a commencé. Tous les lundis dès le début des années 80, des activistes y ont organisé des prières, vite transformées en manifestations. Celle du 4 septembre 1989 qui réunit 100 000 personnes lança un mouvement qui allait se répandre dans toute la RDA. Les marqueurs des années soviétiques ne manquent d’ailleurs pas dans la Messestadt – ville des foires du Reich –, titre obtenu en 1937. Ils se mêlent en permanence à la ville d’avant. La très hétéroclite Augustusplatz en fait une belle démonstration. En RDA, elle fut rebaptisée Karl-Marx-Platz. Sur son pourtour: le Gewandhaus, siège brutaliste du célèbre orchestre de la ville reconstruit pour la troisième fois en 1977, côtoie la City Hoch­haus, tour qui évoque un livre ouvert érigé en 1968. L’université y est aussi présente avec le Paulinium. Superbe bâtiment vitré qui intègre la façade de l’ancienne église de l’université, détruite en 1968.

En quittant le centre historique, on a le choix entre une balade bucolique ou une descente urbaine vers l’anarchie. La première option mène au Johannapark, porte d’entrée de l’Auenwald, la forêt riparienne primitive qui sépare la ville en deux. Au sud, on raccroche facilement avec la ville en atterrissant dans Connewitz, au bout de la «Karli». Jeune, alternatif, populaire… le secteur compte bien plus de tags et de Biergarten que de centres commerciaux ou de magasins de grandes marques. En remontant la «Karli» pour se diriger à nouveau vers le centre historique, on voit la gentrification ramper, les immeubles Belle Époque être rénovés. Alors, pour goûter encore un peu à l’Alternativ, on traverse la forêt et ses rivières, à la découverte de Plagwitz. Ancien secteur industriel lui aussi en pleine mutation. On se fiche un peu de savoir si Leipzig deviendra vraiment à la mode: ses transformations sont fascinantes. (24 heures)

Créé: 01.09.2018, 13h18

Sortir

Un ancien centre communautaire de quartier transformé en lieu où passer d’excellentes soirées. Voilà l’histoire simple du Beyerhaus. Une terrasse magnifique, une grande salle où s’attabler en groupe, un espace billard et un sous-sol mi-détente mi-salle de concert s’offrent au visiteur. Comme souvent à Leipzig, on oscille entre lieu alternatif et lieu branché. Et ça marche!
Ernst-Schneller-Str. 6

Manger

Merveille de brasserie Art déco, le Café Grundmann promet un repas réussi. Le cadre intérieur ravira les amateurs du style alors que la petite terrasse fait aussi largement l’affaire. Des plats du jour simples et très bons sont servis du lundi au vendredi pour 7 euros.
Le service – très sobre mais impeccable – et l’ambiance sont, parole de Lipsien!, typisch de l’ère soviétique.
August-Bebel-Straße 2

Aller au musée

Le Runde Ecke est le musée mémorial de la sécurité d’État de l’ex-RDA: la Stasi. Il a été aménagé dans son ancien siège. Les sols, les murs, le mobilier conservés donnent une idée précise de l’atmosphère de l’époque. Chaque bureau a été reconverti en espace d’expo, déclinant les facettes de la Stasi. La visite, très efficace, fait froid dans le dos. Malgré le peu de moyens investis. C’est le comité de citoyens de Leipzig, constitué en 1989, qui gère cet héritage.

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