Les hutongs, vestiges vivants d’un Pékin qui se transfigure

Par monde et par VaudLes anciennes ruelles formant les quartiers populaires de jadis disparaissent les unes après les autres, rebâties en hauteur. Les habitants relogés rient, les déplacés pleurent.

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Si, à l’origine, le mot mongol hutong signifiait le puits, il désigne, en chinois, la ruelle. Les hutongs, formés d’un ensemble de ruelles étroites, incarnent avant tout les quartiers populaires de Pékin – ou Beijing – dont l’histoire remonte à l’époque de la dynastie Yuan, il y a plus de 700 ans.

Formés de petites maisons mitoyennes autour d’une cour carrée, les hutongs reflètent la vie traditionnelle des Chinois qui endurent des conditions souvent peu confortables, mais qui forment des communautés de type villageois bigarrées. Ils contrastent fortement avec les nouveaux quartiers de grands immeubles qui nivellent l’originalité architecturale et sociale. Aujourd’hui, à Pékin, les hutongs sont en voie de disparition sous les pelles mécaniques pour laisser place à de grandes artères gorgées de voitures et aux habitations modernes construites en hauteur.

On peut toutefois encore découvrir des vestiges de ces ruelles séculaires dans certaines zones de Pékin – encore assez vastes à son échelle – près des lacs situés au cœur de la ville (dont le lac Houhai), non loin de la Cité interdite. On se retrouve soudain dans un tout autre monde, loin de la mégalopole tumultueuse et exténuante. Les pousse-pousse et les deux-roues y tiennent le pavé, mais l’agitation n’est pas stressante. La vie s’y organise autour des petites échoppes, ateliers artisanaux et locaux, cuisines où on vend des plats à emporter.


Découvrez les portraits de deux Vaudois qui ont vécu dans un hutong: Batiste Pilet et Dominique Othenin-Girard


Les habitations sont de toutes natures, depuis les jolies petites maisons de brique et de bois sculptés jusqu’aux abris de bric et de broc, rafistolés. À l’intérieur, les conditions sont souvent rudes et pas toujours salubres. La toilette privée n’est pas la règle, ni a fortiori la salle de bains. L’été, où le mercure monte jusqu’à 40 degrés, la chaleur est souvent étouffante, l’hiver glacial et terrifiant. La proximité avec les voisins garantit quelques nuisances sonores: avant l’aube, lorsque les travailleurs qui se lèvent tôt se préparent, et jusque tard dans la nuit, à l’heure où les couche-tard éteignent les feux. Comme le relate un Français qui a séjourné un an dans un hutong, partageant une cour commune avec six familles chinoises, on participe «à leurs réveils, repas, engueulades, rigolades, soirées télé ou encore coups de fil à minuit passé».

Et pourtant, beaucoup de ces maisons sont très bien soignées, fleuries, avec de minuscules terrasses, où pousse une multitude de plantes. On entend les gazouillis des oiseaux. Les enfants jouent sans se soucier de quoi que ce soit dans la rue tandis que des hommes se réunissent autour d’un jeu de go ou d’échecs.

À Pékin, tout le monde n’est pas loti à la même enseigne lorsque le gouvernement décide de rebâtir un hutong. Il y a ceux parmi les habitants qui pleurent leur ancien foyer car ils sont déplacés très loin en banlieue et il y a ceux qui, sans savoir pourquoi, peuvent se loger au même endroit dans un logement tout neuf. Ceux-ci en sont pour la plupart heureux. Car, en Chine, on n’a pas la nostalgie des vieilles maisons dans lesquelles des générations se sont succédé. On craint la présence dans son habitat de toutes ces âmes, pas toutes bienveillantes… (24 heures)

Créé: 19.08.2018, 08h58

Par monde et par Vaud

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