L’industriel André Kudelski est parti à la conquête de l'Ouest

Par Monde et par Vaud (4/41)Le patron du groupe technologique qui porte son nom a ouvert un siège à Phoenix. Un basculement américain qui le concerne aussi: il s’est installé en Arizona.

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La randonnée n’a commencé que depuis vingt minutes que les premières difficultés apparaissent. Et elles sont légion. Il y a d’abord ce sentier rocailleux qui se met à grimper méchamment. Typique du rock climbing, ces randonnées très prisées dans cet État de l’Ouest américain, l’Arizona. Mais il y a pire: ces températures infernales qui dépassent régulièrement les 40 degrés et qui rendent les jambes lourdes, l’effort pénible. Il y a aussi ce paysage si particulier où le désert, ses teintes et ses cactus, achève de faire perdre tout repère. On se retourne, on scrute les alentours et on hésite entre les dessins de «Lucky Luke» ou les décors arides et désertiques de la série «Breaking Bad». Pour un peu, dans ce décor de Far West, on entendrait presque les premières notes d’un air de country. Des images de conquête de l’Ouest plein la tête, entre clichés et souvenirs de vieux films, on reprend la marche en même temps que son souffle, en rêvassant.


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«Attention aux cailloux si vous vous y accrochez pour grimper. En surface ça va, mais ne glissez surtout pas vos mains dessous! On ne sait jamais ce qui peut s’y cacher, comme par exemple des scorpions.» Le conseil, qui a valeur de mise en garde et tire instantanément le marcheur de sa torpeur, est signé André Kudelski. Chaussures de marche, short, T-shirt et sac à dos, loin de l’image qu’il donne à voir habituellement, le patron du groupe technologique qui porte son nom est aussi à l’aise dans ce décor que s’il partait à l’assaut du Mollendruz. Et pour cause, l’industriel, qui vit dans la banlieue de Phoenix la moitié de l’année depuis l’automne dernier, apprécie tout particulièrement cette randonnée de la zone préservée des Phoenix Mountains. C’est d’ailleurs lui qui a fixé le programme et qui a tenu à ce trek dans le désert. «Vous verrez, d’en haut, le point de vue est magnifique, j’aime me retrouver en pleine nature.»

La place Saint-François du désert

Visiblement à l’aise dans cette fournaise assommante et assumant le rôle de premier de cordée, il marche d’un pas soutenu. Les rares pauses qu’il accorde au petit groupe qui le suit lui permettent de nous instruire sur la flore et la faune locales. Des cactus – «les Saguaro emblématiques de l’Arizona ou les Barrel cactus qui ressemblent aux coussins de belles-mères» – aux animaux (crotales, coyotes…) que l’on trouve dans le désert, «où tout est plus vivant et la nature plus riche qu’il n’y paraît», André Kudelski est incollable. Passionné de photographie, il sort alors son appareil de son sac pour immortaliser le point de vue.


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À peine a-t-on le temps de se pencher sur les cactus décrits par l’ancien conseiller communal de Lutry que la marche reprend. Elle durera encore une bonne demi-heure. Les derniers mètres sont avalés difficilement, mais l’effort est payant. Du haut de la montagne, la vue sur la ville est à couper le souffle. Phoenix s’étirant des deux côtés de la gigantesque colline, on est littéralement en plein centre-ville. «C’est un peu la place Saint-François du coin», sourit André Kudelski, qui multiplie les allusions à son canton d’origine. Il faut dire qu’entre ses différents mandats helvétiques et son entreprise, l’entrepreneur lausannois revient souvent en terre vaudoise. Conséquence: le pays ne lui manque pas trop et rien de ce qui s’y passe ne lui échappe, ses connaissances sur l’actualité cantonale le prouvent.

Soutien familial

La randonnée dans le désert, André Kudelski nous l’avait annoncée par surprise quelques heures plus tôt dans son bureau. C’est là, au cœur du quartier des affaires de Phoenix, que le groupe a ouvert un second siège, en plus de celui de Cheseaux. «Dans le domaine de la cybersécurité, marché dans lequel notre groupe se développe et investit fortement, l’Europe est en retard. Nous avons ouvert un siège aux États-Unis pour être actifs au sein du marché le plus dynamique. Pour comprendre les tendances et saisir les opportunités, il faut être sur place», explique le patron tout en sillonnant le quatrième étage pour nous présenter son équipe. Beaucoup ont été transférés de Cheseaux. Dans le bâtiment ultramoderne, l’accent vaudois le dispute aux tournures américaines. Au mur, deux immenses photos du Pigne d’Arolla et du glacier de Saleina, prises par le patron, rappellent d’ailleurs l’identité suisse du groupe. Qui s’américanise cependant, à l’image de son CEO.


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Assis dans son bureau avec vue sur l’imposante et bosselée Camelback Mountain, André Kudelski évoque sa nouvelle vie américaine, une aventure qu’il vit en famille. Sa femme et sa fille cadette l’ont suivi, son aînée est restée à Lausanne où elle termine ses études. «Pour que ce genre de bouleversement se passe bien, le soutien de la famille est primordial.»

Les moments passés avec lui sur place suffisent à s’en convaincre: André Kudelski se plaît en Arizona. «Je ne suis pas en exil forcé», plaisante le chef d’entreprise, intarissable sur les grands espaces, la géologie et l’histoire de son nouveau pays. «Vous avez faim? Japonais ou italien?» coupe-t-il tout d’un coup. Au milieu des journées de travail du patron, entre réunions stratégiques et séances de coordination avec la Suisse, nous aurons droit aux deux: l’italien un jour, le japonais le lendemain. Sur la route qui mène au premier, au volant de son 4×4, permis de conduire américain en poche, André Kudelski compare les énormes autoroutes à huit voies américaines au contournement autoroutier de Lausanne et nous reparle de cactus. «Dans celui-ci, juste à côté du feu rouge, se cache une caméra de surveillance du trafic.» L’anecdote le prouve: l’entrepreneur s’intègre peu à peu.

Le restaurant italien où il nous emmène se trouve en banlieue de Phoenix. Dans un décor tout droit sorti du sud de l’Italie, l’administrateur de l’Hôtel de Ville de Crissier a ses habitudes. On sent qu’il vient souvent. La preuve lorsque le patron des lieux, un Calabrais haut en couleur, vient le saluer chaleureusement. Tout sourire, André Kudelski nous recommande les spécialités du coin et assure le service à table. Nous aurons droit aux mêmes égards le lendemain, au restaurant japonais. En fin gourmet, le Vaudois se lancera dans une explication par le détail de la gastronomie japonaise et de ses subtilités. Avant de nous initier à «l’art» de la dégustation du saké. Aucun doute, André Kudelski se plaît dans sa nouvelle vie. (24 heures)

Créé: 12.07.2018, 09h12

Trajectoire

1960 Naissance à Lausanne, le 26 mai.

1984 Fraîchement diplômé de l’EPFL en physique, André Kudelski intègre l’entreprise de son père, Stefan Kudelski, l’inventeur des enregistreurs de haute qualité Nagra. Il y officie en tant qu’ingénieur de développement sur les systèmes de chiffrement pour la télévision à péage.

1986 Après quelques mois passés dans la Silicon Valley, il prend la direction de Nagravision SA.

1991 André Kudelski succède à son père et devient président du Groupe Kudelski. Une année charnière puisque c’est également celle de son mariage avec Françoise.

1996 Le Vaudois est salué par le Forum économique de Davos, qui lui décerne le titre de Global Leader for Tomorrow.

2000 Naissance de Claire.

2004 Naissance d’Estelle.

2017 S’installe officiellement à Phoenix avec sa femme et sa fille cadette. Un déménagement qui s’explique par l’ouverture d’un second siège du Groupe Kudelski, en plus de celui, historique, de Cheseaux. Le chef d’entreprise, administrateur de l’aéroport de Genève ou du Restaurant de l’Hôtel de Ville à Crissier, rentre très souvent en Suisse pour assurer ses mandats.

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