Aoste la romaine fête Noël au pied du théâtre antique

Escapade de NoëlLa province aime ses artisans des vallées latérales. Avec un bon goût alpin.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Augusta Praetoria Salassorum. Avec des origines et une étymologie pareilles, où d’autre qu’au pied des ruines romaines le Marché de Noël d’Aoste pouvait-il s’ériger? Depuis dix ans, les petits chalets en bois ont essaimé sur ce lieu forcément magique. Pour le visiter, traversons d’abord la porte prétorienne, à double courtine. La seule entrée historique qui reste puisque les autres ont été détruites faute de pouvoir laisser passer les chars à l’époque. En marbre blanc de Carrare et bleu turquin d’Aymavilles, juste à côté, elle en impose. Au sol, sous les passerelles, on voit encore le pavement original du decumanus maximus. On pique ensuite à droite. Il y a d’abord cette façade qui saute aux yeux. Des quatre murs du théâtre romain, il n’en reste qu’un: 22 mètres de haut de poudingue et de travertin blanc percés d’arcades de trois ordres, assurant résistance et rythmes. On aimerait les voir jouer entre ombres et soleil dans cette ville réputée aride.

«Il pleut en moyenne ici quatre fois moins qu’au col du Grand-Saint-Bernard», nous assure Donato Arcaro, notre guide, petit-fils d’un des 10000 mineurs venus, notamment depuis la Vénétie, gratter (ou transformer) le fer dans le val de Cogne et le transporter jusqu’à cette immense aciérie éponyme qui compte aujourd’hui dix fois moins d’ouvriers. On fera pourtant avec des cordes diluviennes, du «vin brûlé» bouillant à la main. Dont la recette est tenue secrète par ces chasseurs alpins sous leurs élégants chapeaux de feutre à plume de corbeau noir, d’aigle marron ou d’oie blanche selon leur grade, et qui tiennent le stand. Une espèce en voie de disparition, la conscription n’étant plus obligatoire en Italie.

Le bilinguisme

Les soldats, revenons-y. Puisque c’est pour la retraite de garde prétorienne servant Auguste, que la ville a été fondée. Ce sont eux, notamment, qui garnissaient les arènes, aussi grandes que celles de Nîmes (14'000 places). Le Moyen Âge a eu raison du site, les pierres ont servi à bâtir la vieille ville. À la place, on trouve aujourd’hui la congrégation des sœurs de Saint-Joseph. Et leur verger. Avec des pommes, dont on fait du cidre, vendu au marché: «La tradition avait été abandonnée. Les fascistes trouvaient cet alcool trop français. On y revient aujourd’hui», poursuit notre guide. S’il ne fallait conseiller qu’une adresse, c’est celle de Maley, à Brissogne, qui en produit notamment plusieurs, d’une finesse remarquable, avec les fruits des trois pays autour du Mont-Blanc.

La domination des ducs de Savoie sur la région a évidemment laissé sa marque: le bilinguisme. Mais aussi, sur ce même site, la tour des Baillis, la plus haute de la ville. Qui fut ensuite une prison et dans laquelle on apprend désormais la musique. Celle que nos bottes dans les gouilles nous permet de poursuivre. C’est, fin janvier, pendant les deux jours de la foire de la Saint-Ours (1000 artisans, 100'000 visiteurs) que les traditions des vallées descendent dans la cité. Sur le marché de Noël, on en a un joli concentré. Par exemple, la coopérative tisserande du Valgrisenche, qui ne travaille qu’avec de la laine de brebis rosset, et dont la fibre séduit jusqu’aux grands couturiers milanais. Et qui fait aussi dans le sur-mesure. Bobo Pernettaz, dit le «couturier du bois», fait, lui, plutôt dans la sculpture de récupération. Avec un petit côté art brut.

La région est riche d’une gastronomie de résistance. Au froid, à l’altitude. On y faisait du pain de seigle une fois l’an: «Dur comme la pierre, on le trempait pour le manger. On y ajoutait des châtaignes et des fruits secs pour fabriquer un «panettone» du pauvre». Le boudin est ici une saucisse sèche. Au sang, Erik Almici, de Montjovet, ajoute de la betterave rouge et des pommes de terre pour un résultat déconcertant. Il y a aussi le rare jambon cru des Bosses. Mais également la fontina, fromage cousin à la fois du beaufort savoyard et du vacherin fribourgeois. Dotée d’une AOP qui contraint le producteur à n’utiliser que le lait des vaches valdôtaines pie rouge, pie noire et châtaigne (les deux dernières races font aussi des combats de reines). La pâte mi-dure de Simone Jotaz, fabriquée depuis 4 générations au pied du Grand-Combin, à 1410 mètres d’altitude, est particulièrement goûteuse.

Ouverture: tous les jours 10h30 (25 décembre et 1er janvier à 15h) Fermeture: du lu au ve et di à 20h, tous les samedis, 6 déc. et 8 déc. à 22h.

Dans la période d’ouverture du marché, l’entrée au théâtre romain est gratuite.

Créé: 01.12.2019, 08h55

Carnet d’adresses

Il a longtemps manqué d’hôtels à Aoste qui préfère les beaux B&B dans des chalets. Mais le tout nouveau Omama Social Hotel (www.alpissima.it), via Torino, fait dans l’humour décoratif avec une note «douanier Rousseau» réinventé. Certaines chambres donnent sur les montagnes entourant le domaine skiable de Pila et sur les imposantes cheminées de l’aciérie «Cogne». La ville ne manque pas de bonnes tables. Qui célèbrent ou réinventent le patrimoine valdôtain.

Sur la via Sant’Anselmo, on recommande l’Osteria da Nando. Dans la minuscule via Maillet, on déniche la Trattoria degli Artisti, la favorite du flic à la noirceur hilarante, Rocco Schiavone, héros récurrent d’Antonio Manzini. Et pour quitter la fiction, «Sur la place», en face de la cathédrale. Dans un improbable cadre «français des années 50», le patron, un ancien ingénieur, est un passionné des terroirs. Si vous êtes carnassiers, ne manquez pas les «sushi valdotèn».

Avant les Romains



Visiter Aoste sans passer par Saint-Martin-de-Corléans vous ferait manquer le site mégalithique, découvert en 1969, et qui s’étend sur 18000m². La première partie du musée, construite dans la même marbre valdôtain que le siège new-yorkais de l’ONU, est émouvante. La complexité des dessins gravés sur certaines stèles datant d’il y a 5000 ans est juste hallucinante. Corso Saint-Martin de Corléans. D’avril à septembre: tous les jours de 9h à 19h. D’octobre à mars: ouvert de ma à di de 10h à 18h. Fermé le 25 décembre et le 1er janvier.

In vino veritas?



«Les Valaisans sont jaloux, plaisante notre guide, nous avons la plus haute vigne d’Europe. Ils sont même venus mesurer pour vérifier. Bien sûr, la petite arvine est valaisanne, mais son ancêtre vient bien d’ici.» Ce qui est sûr, c’est que le Cornalin d’ici est l’humagne rouge du vieux pays. Et que notre cépage favori autochtone est le fumin. Deux maisons qui font de belles choses: Ottin, à Neyves, et Anselmet, à Villeneuve.

Fons Salutis



Ils ne sont pas tout à fait romains. Mais la découverte de la source thermale de Saint-Vincent date tout de même de 1770. Bue à jeun, l’eau aurait des bienfaits pour l’estomac. Quant aux thermes, rénovés en 2012, ils offrent sur trois étages différents bassins à différentes températures. Et une vue assez imprenable sur les montagnes avoisinantes. Réservation indispensable.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.