En apesanteur avec les cosmonautes des abysses

Grand AngleL’expédition Under The Pole, menée par l’ingénieur EPFL Ghislain Bardout, explore les entrailles des océans. Pour faire avancer la science, éduquer et inspirer. Reportage sur son bateau à Bora Bora.

Les plongeurs effectuent des prélèvements parfois jusqu’à plus de -100 mètres.

Les plongeurs effectuent des prélèvements parfois jusqu’à plus de -100 mètres. Image: FRANCK GAZZOLA/A.T.

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Ils ont défriché les mystérieuses profondeurs de l’Arctique. Évolué dans des profondeurs encore jamais atteintes sous glace, dévoilé au monde cet envers méconnu de la Terre, d’une beauté à couper le souffle. Aujourd’hui, ils planent dans les bleus turquoise, profonds, obscurs parfois, de Polynésie. Là encore, personne ne s’y est aventuré avant eux, à 120 mètres de profondeur. Eux, ce sont les aventuriers de l’expédition Under The Pole (UTP). Ils sillonnent les océans et sondent leurs entrailles pour mieux comprendre leur rôle dans l’équilibre climatique et les changements qu’ils subissent. L’expédition est notamment soutenue par le Ministère français de l’éducation nationale, ainsi que des entreprises suisses, dont Rolex et la banque genevoise Bordier. C’est à l’invitation de celle-ci que la «Tribune de Genève» a pu rejoindre l’équipe d’UTP sur le terrain, en Polynésie, et découvrir son travail in situ.

Coraux nurserie et plongée extrême

Les océans représentent 71% de la surface de la Terre. Ils produisent une partie de l’oxygène que nous respirons, avalent près d’un quart de nos émissions de CO2 et abritent un immense écosystème. Si grands et si importants, et pourtant encore si méconnus. Alors Ghislain Bardout, ingénieur EPFL et explorateur sous-marin, a lancé il y a dix ans une aventure hors du commun avec sa compagne, Emmanuelle Périé-Bardout, spécialiste des régions polaires: Under The Pole.

À bord d’une goélette, le WHY, épaulé par dix collaborateurs et accompagné de ses deux enfants, ce couple de Français mène actuellement sa troisième mission, UPTIII. Elle s’étend sur trois ans, de l’Arctique au Pacifique, en finissant par l’Atlantique. Avec différents objectifs en ligne de mire, résume Ghislain: «Étudier le milieu marin entre la surface et -150 mètres, apporter une nouvelle expertise dans l’exploration sous-marine profonde et sensibiliser.» Dans ce but, UTP a créé une plateforme pédagogique pour les enseignants, intervient dans les écoles et donne des conférences.

Le cœur de la mission en Polynésie, c’est l’étude des coraux mésophotiques (entre -30 et -150 mètres), en collaboration avec le Criobe, une unité du Centre national de la recherche scientifique français. Chaque jour, les plongeurs enchaînent les relevés, jusqu’à -120 mètres. À bord, les scientifiques procèdent à des analyses, avant que des laboratoires ne prennent le relais. L’objectif: comprendre comment vivent ces coraux. Car ils pourraient servir de refuge à leurs homologues de surface (lire interview ci-contre).

Autre mission d’importance: repousser les limites de la plongée. Pendant cinq mois, l’équipe s’enfoncera quasi quotidiennement dans les abysses des cinq archipels. Pour des immersions qui durent souvent trois heures, paliers de décompression obligent, car il faut éliminer les bulles d’azote accumulées dans l’organisme avant de remonter. Derrière la prouesse de durée et de profondeur, un savoir-faire et du matériel à la pointe. Soit un scaphandre recycleur en circuit fermé – avec oxygène, hélium et azote qui permet de plonger plus profond, plus longtemps et sans rejet de bulles qui effraient la faune – ainsi qu’un propulseur qui limite l’effort et la consommation d’air.

Pour repousser encore ces limites, Ghislain Bardout a déjà d’autres projets en tête, dont la «capsule». Un habitat sous-marin de 4,50 m2 à saturation, pour effectuer des immersions jusqu’à 72 heures sans remonter à la surface. «C’est comme un abri, pour travailler dans les profondeurs puis remonter dans la capsule pressurisée, se reposer, dormir et manger, explique-t-il. Ainsi immergés dans le milieu, les plongeurs pourront effectuer des observations inédites.» Les premiers tests en conditions réelles sont prévus l’été prochain. Avant un projet plus ambitieux: le Nautilus. Rien de moins qu’un sous-marin…

Abricots secs en CAB AV T et Pl4

Entre les plongées, l’équipe ne chôme pas. Communications sur les réseaux sociaux, présentations à terre, élaboration du matériel pédagogique, collaboration avec les scientifiques, planification, contrôle du matériel, navigation, recharge des bouteilles… On travaille à rythme soutenu. Mais on vit aussi! 24 heures sur 24 à douze sur le bateau de 20 mètres de long. Certains restent plusieurs mois, d’autres toute la durée de l’expédition. On dort à deux par cabine, parfois dans une même couchette étroite. Installé sur la lunette, on rentabilise son temps: au mur, un lexique nous apprend le tahitien.

Au centre du bateau bat son cœur, le «carré». Il fait office de salle à manger, de salle de réunion, de salle de classe pour Robin, 6 ans, de laboratoire, de salon aussi pour regarder la série «Game of Thrones». Le moindre recoin du bateau est utilisé pour du stockage. Le sol ressemble à un calendrier de l’Avent: partout, des trappes. Avec des vivres comme le nécessaire du quotidien, des jouets aux vêtements. Sous le lit de Ghislain et Emmanuelle dort le congélateur.

La cuisine, c’est le domaine d’Isabelle, la «médicook». Un deux en un pour rentabiliser le poste de médecin. Le bateau a fait le plein de vivres en arrivant en Polynésie. Encore faut-il se rappeler où on a rangé quoi… Alors tout est répertorié. Une liste dresse le précieux inventaire: abricots secs en CAB AV T (cabine avant tribord) Li2 (sous le lit 2) ou Pl4 (plancher N° 4). Lorsque la terre n’est pas trop loin, on se ravitaille en produits frais.

«Notre rêve est devenu le leur»

À côté de la liste des vivres, deux autres feuilles: les tournus de vaisselle et de ménage. Ce midi, c’est Nico qui s’y colle. Nettoyage en gros avec de l’eau de mer, rinçage à l’eau douce avec parcimonie. Pour le séchage, on bâtit un village de tours de Pise. Et pour ranger dans les placards, on joue à Tetris. Pendant que les grands travaillent, il faut occuper les deux enfants de Ghislain et Emmanuelle, Robin, 6 ans, et Max, 2 ans. C’est la mission de Camille, la nounou. Qui fait preuve d’une bonne dose d’imagination pour trouver des occupations. Visite à la bibliothèque du coin, jeux sur l’atoll voisin (et ramassage des déchets au passage), atelier cuisine… Ou sortie pour manger une glace avec toute l’équipe. On rejoint la rive en zodiac, puis la ville en stop. On termine à l’arrière d’une camionnette, la conductrice et sa passagère cachent en riant la bouteille de rhum dans la boîte à gants en voyant les enfants…

En plus de quelques règles de vie, la bonne cohésion sur le bateau tient aux personnalités. «On reçoit beaucoup de candidatures, il ne faut pas se tromper dans le casting, sourit Emmanuelle. Une fois à bord, le plus important est que chacun ait sa fonction. On a de la chance, la cohésion est excellente. C’est rare de pouvoir réaliser des projets comme UTP, alors les gens sont hypermotivés. Notre rêve est devenu le leur.»

On quitte le WHY avec des découvertes à la chaîne dans nos bagages. Sur le plan scientifique, et humain aussi. Avec des échanges sur la passion de transmettre ses rêves et la ténacité nécessaire à leur réalisation, un rafistolage salvateur de genoux blessés, des trains dessinés au feutre, des récits sur l’Arctique, de la bonne humeur en quantité. Des parcours inspirants et passionnants. À l’image de l’aventure Under The Pole.


Produire des «supercoraux»

Laetitia Hédouin, chargée de recherche en Polynésie au Criobe, une unité du Centre national de la recherche scientifique français, collabore avec Under The Pole (UTP).

Comment qualifier la situation des coraux en Polynésie?

Difficile de donner une réponse précise. La Polynésie compte 118 îles, nous avons une bonne connaissance des coraux sur une dizaine d’entre elles seulement… D’une île à l’autre, les effets du réchauffement climatique sont différents. Par exemple, lors du dernier épisode de blanchissement des coraux, en 2016, les îles des Tuamotu ont perdu 50% de leurs coraux, d’autres îles moins. De même, la résilience des récifs diffère: à Moorea, où il ne restait que 2% de coraux vivants en 2010 – une étoile de mer dévoreuse couplée à un cyclone les a décimés – on est revenu à 77% aujourd’hui! Sur l’île voisine, Tetiaroa, on atteint à peine les 20%.

Comment expliquer cette résilience?

Nous n’avons pas encore identifié ses processus, mais nous avons des hypothèses. D’une part, le peu d’activité touristique sur certaines îles, ce qui préserve l’écosystème. D’autre part, on a constaté des apports de larves qui viennent recoloniser les récifs. Ils pourraient venir des coraux des profondeurs. Ceux-ci serviraient ainsi de refuge, de nurserie, et renverraient des individus larvaires vers la surface. Notre connaissance est lacunaire car il faut aller à plus de 60 mètres pour étudier ces coraux mésophotiques. D’où l’importance du travail d’UTP.

Si les coraux venaient à disparaître, quelles seraient les conséquences?

Les coraux constituent les récifs qui offrent un habitat à des milliers d’organismes. 25% de la biodiversité de la Terre s’y trouve! Si cet habitat disparaît, les poissons partiront, cela déséquilibrera l’écosystème, avec un impact direct sur la pêche et le tourisme. Enfin, les récifs jouent un rôle de protection pour les atolls, dont le niveau est déjà bas. Ajoutons encore que les scientifiques estiment qu’il y a 300 fois plus de chances de trouver un nouveau médicament dans l’océan que sur la terre.

Comment protéger les coraux?

Réduire évidemment les émissions de CO2. Notre travail se concentre sur la capacité de résilience. Nous voulons identifier où sont les colonies émettrices de larves et protéger ces zones en priorité. À Makatea, UTP a raconté ne jamais avoir vu un site aussi riche en coraux. Il faudra prendre en compte, dans la préservation de cet écosystème, le projet qui vise à remettre en cours l’extraction de phosphate…

Vous menez un projet étonnant: créer des supercoraux…

Nous testons l’évolution assistée. Soit entraîner des coraux à supporter des températures plus élevées. Certes, c’est une intervention humaine, mais il faut agir, sinon ils mourront. Nous exposons des larves à 32 degrés, en laboratoire. Cela a augmenté la capacité de résistance de certaines. Mais on ne sait pas encore si elles la conserveront une fois adultes. A.T. (24 heures)

Créé: 02.12.2018, 10h44

Ghislain et Emmanuelle, l’ingénieur EPFL et la marin qui veulent «aller voir plus loin que l’horizon»



Ghislain est à l’origine des expéditions Under The Pole, épaulé dès le début par sa compagne, Emmanuelle. Un couple uni par la même passion et la même abnégation. Portraits croisés.

«Je veux toujours voir au-delà de l’horizon», sourit Ghislain Bardout, 38 ans. Il est le directeur des expéditions Under The Pole (UTP), ingénieur énergéticien EPFL et spécialiste de la plongée polaire profonde. Il passe une partie de son enfance près de Genève, à Ferney-Voltaire. Féru d’escalade et d’alpinisme, il découvre la plongée à 15 ans, dans le Léman. «C’est devenu une passion dévorante. Je vendais des fromages au marché pour financer mes formations et mon matériel.» À 20 ans, il est moniteur. Celui qui rêvait, ado, d’être pilote puis de construire des avions intègre l’EPFL en génie mécanique. En parallèle, il lorgne le milieu de l’expédition. Un monde fascinant «mais qui me paraissait inaccessible». Il trouve une porte d’entrée grâce à Emmanuelle, sa future compagne, qui lui présente l’explorateur français Jean-Louis Étienne.

Après plusieurs collaborations, Ghislain veut prendre le large avec ses propres voiles. Alors il imagine une expédition en Arctique, pour réaliser un reportage sur l’univers sous-marin de la banquise, en voie de disparition. «Ça a été un parcours du combattant. Avec Manue, on a tout fait tout seuls. Durant trois ans, notre vie, c’était cette expédition.» La reconnaissance arrive avec l’annonce d’un sponsor de poids: Rolex. «J’avais 27 ans, c’était tellement fou!» En 2010, un hélicoptère dépose les huit explorateurs sur la banquise pour 47 jours à -30 et -50 degrés, et 52 plongées. «Au début, je me disais: «Mais qu’est-ce que j’ai fait…» Dans ces moments, comme dans beaucoup d’autres, travailler en couple est une force.» L’aventure inédite récoltera des images qui feront le tour du monde. Suivront UTPII, pour laquelle il a fallu vendre la maison familiale, puis UTPIII, qui peut compter sur un panel de sponsors. «On vit de notre passion et on espère que nos expéditions servent à la connaissance, à l’éducation et à l’inspiration. Pour donner à d’autres l’envie de mettre son énergie au service d’une quête qui fait sens pour l’humanité.»

Emmanuelle Périé-Bardout a grandi loin de la mer. Mais elle déroule sa vie sur les flots. À 39 ans, elle est codirectrice des expéditions UTP, skipper et spécialiste des régions polaires. Elle s’occupe de la communication mais plonge aussi, se charge de la planification de l’expédition avec Ghislain, des courses, de faire classe pour leurs enfants, Robin, 6 ans, et Tom, 2 ans, entre autres. La passion du grand large l’habite depuis toute petite. Après son bac, elle part en Bretagne pour faire l’École nationale de voile et travaille durant cinq ans en tant que responsable d’une île au confort minimal qui accueille des apprentis navigateurs. C’est là qu’elle rencontre Jean-Louis Étienne. À seulement 25 ans, Emmanuelle participe à l’une de ses expéditions dans l’océan Pacifique. En revenant, elle passe ses diplômes de plongée, avec, comme moniteur, un certain Ghislain… Avant de devenir second sur une expédition d’un an et demi en Norvège. À son retour, Ghislain lui lance cette idée de «dingue» d’UTPI. Et le rêve de Ghislain devient vite le sien.

Aider la science, c’est tendance

Pour financer UTPIII, le couple Bardout peut compter sur un panel de sponsors. Dont Rolex, présent depuis UTPI, ainsi que la banque genevoise Bordier. Pour celle-ci, un tel partenariat est une première. «Nous n’avons jamais eu de sponsoring de cette ampleur mais beaucoup de mécénat culturel, avec des soutiens aux institutions genevoises telles que le Musée d’art et d’histoire, explique Michel Juvet, banquier associé chez Bordier & Cie. Également des projets philanthropiques. Jusqu’à UTP, il n’existait pas chez nous de grande action au nom de la banque, seulement des soutiens financiers à titre individuel des associés et de manière ponctuelle.» Le montant du soutien à Under The Pole? Il ne dévoile pas de chiffres.

Vecteur pour l’image de l’entreprise
Les raisons qui ont motivé ces premiers pas dans le sponsoring convergent vers un point: l’image de la banque. «Nous voulions pouvoir montrer et partager nos valeurs. Mais il nous manquait un élément de visibilité plus efficace que nos outils traditionnels.» Ce vecteur sera Under The Pole. «Ce sont des gens convaincus, passionnés, qui réfléchissent au sens de leur engagement et portent un sens de la responsabilité individuelle.» Surtout, l’expédition incarne des valeurs que la banque revendique également: «L’esprit d’entrepreneur, la protection du patrimoine, la capacité à s’engager sur le long terme et de manière responsable, gérer le risque pour générer la performance, ne pas rester à l’écart des enjeux environnementaux, résume Michel Juvet. Ainsi que des valeurs humaines.» Ce sponsoring offre une matière à décliner de manière large. Visuels pour des campagnes d’affichage, événements le long des étapes d’UTP à proximité des différents bureaux Bordier, rendez-vous pour les clients et les journalistes, matière pour faire vivre le site internet, les réseaux sociaux, la communication interne. Quel retour sur investissement est attendu? «Viser une augmentation du nombre de clients n’est pas l’idée! répond Michel Juvet. Il s’agit de montrer qu’on partage des valeurs fondamentales, qu’on est présents sur cette thématique environnementale. On promeut un esprit.»

«Une tendance à la hausse»
Bordier n’est pas la première à s’aventurer sur ce terrain de la science et de l’éducation. C’est même une tendance en hausse, relève Henry Peter, professeur et directeur du Centre en philanthropie de l’Université de Genève. «Même si cela reste moins commun que le sport ou la culture.»

Maarten De Winter, cofondateur et associé du cabinet genevois de conseil en sponsoring Sponsorize, confirme l’intérêt pour ces nouveaux champs. Quels retours sur investissement peut-on espérer? Henry Peter pointe d’abord «qu’on constate des attentes croissantes pour que les entreprises choisissent et exercent leurs activités en ayant conscience de leur responsabilité sociétale». Maarten De Winter ajoute qu’une expédition comme UTP est un choix intéressant car porteur et très médiatisé. «C’est un projet qui permet à l’entreprise d’alimenter sa communication avec un contenu plus attractif que des données financières, de drainer de l’audience, de se démarquer de la concurrence et de servir de prétexte à l’organisation d’événements.»

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