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De Bali à Komodo, toutes voiles dehors

Croisière dans l'archipel indonésien à bord du Star clipper, un quatre mâts d'exception inspiré de l'âge d'or des grands voiliers du XIXe siècle

Le Star Clipper, 115 m, est une réplique contemporaine des grands voiliers marchands du XIXe siècle.
Le Star Clipper, 115 m, est une réplique contemporaine des grands voiliers marchands du XIXe siècle.
Joëlle Fabre
Sergey Tunikov, le capitaine du Star Clipper, vient de Kaliningrad au bord de la mer baltique. Une fois hissées les voiles ou jetée l'ancre, il donne volontiers des conférences à la bibliothèque, partageant ses souvenirs et ses connaissances. maritimes
Sergey Tunikov, le capitaine du Star Clipper, vient de Kaliningrad au bord de la mer baltique. Une fois hissées les voiles ou jetée l'ancre, il donne volontiers des conférences à la bibliothèque, partageant ses souvenirs et ses connaissances. maritimes
Joëlle Fabre
Le sourire des enfants de Wera, sur l'île de Sumbawa, qui ne pleurent même  pas en épluchant les oignons...
Le sourire des enfants de Wera, sur l'île de Sumbawa, qui ne pleurent même pas en épluchant les oignons...
Joëlle Fabre
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Vite, vite, échapper aux embouteillages tonitruants de la chaotique Denpasar, la capitale de Bali, asphyxiée par le développement fulgurant du sud de l’île. Rien ne nous retient ici, hormis les rouleaux cristallins qui se brisent sur la longue plage de Kuta constellée de surfeurs.

Nous avons rendez-vous au port de Benoa avec l’un des plus grands voiliers de croisière du monde: le Star Clipper. Destination: Lombok, Komodo, Sumbawa et autres mystérieuses petites îles de la Sonde disséminées le long de la ceinture de feu.

Suspense sur le quai

Qui seront nos compagnons de voyage? La curiosité nous tenaille au moment d’embarquer pour dix jours sur ce majestueux navire de 115 m de long pour 15 m de large, réplique contemporaine des fameux clippers du XIXe siècle (lire encadré). Parcourir près de 900 milles marins avec 170 inconnus – sans compter plus de 70 membres d’équipage – relève du pari. Va-t-on seulement se supporter?

Pour l’heure, les langues, les looks et les générations s’entrechoquent sur le quai dans une confusion babélique: allemand, français, anglais, italien, espagnol et même finnois; des couples, des familles avec adolescents, des groupes d’âge mûr, quelques fringants seniors à l’accent yankee, zéro enfant; des mollets bronzés, des orteils peints, des bedaines et des décolletés, des chapeaux, des casquettes et beaucoup, beaucoup de valises. Formalités portuaires. On s’observe à la dérobée, on se jauge et, bien sûr, on dégaine son smartphone pour immortaliser chaque instant de cette épopée maritime que l’on pressent inoubliable.

Irina Pecsvary, tenue de matelot, galons dorés et coupe au carré peroxydée, serre des dizaines de mains et décoche ses premiers irrésistibles sourires: «Welcome on board, ha, ha, ha!, ça va bien? Je viens de Croatie, je suis votre directrice de croisière, your cruise director.» Tout au long de notre périple, cette femme manifestement douée d’ubiquité ne cessera de nous étonner. Appelant chacun par son prénom, attentive à la moindre anicroche, Irina est partout, créant la bonne humeur tout en menant son petit monde à la baguette. On l’a vue en baroudeuse, en robe du soir, en danseuse balinaise, en pianiste de concert, en conférencière… Toujours crédible, même avec des palmes.

Dormir dans un berceau

La première nuit dans une cabine, fut-elle luxueuse, climatisée et joliment parée d’acajou, s’avère un brin houleuse. Mais une fois admise l’idée de se laisser bercer, la plupart des passagers se surprennent à dormir comme des bébés. Les plus sensibles s’équiperont de bracelets anti mal de mer ou vaporiseront leur oreiller de menthe poivrée.

Chaque matin ou presque, le Star Clipper jette l’ancre dans un lieu différent. À commencer par Gili Kondo et Bidera, deux îles désertes parmi tant d’autres, à l’est de Lombok. Des navettes et un zodiac nous déposent par petites grappes surexcitées sur le brûlant sable blanc, avec nos masques et nos tubas. Une retraitée américaine, entièrement bardée de néoprène, joue des coudes pour sauter dans l’eau la première, comme si la barrière de corail allait subitement disparaître. Le «plouf» disgracieux de la misanthrope de service déclenche quelques fous rires complices.

Poissons multicolores, coraux protéiformes, ondoyantes anémones: un éden surpeuplé se dévoile juste sous la surface des eaux turquoise. Le snorkeling fait partie des multiples activités nautiques proposées par une équipe sportive prête à se plier en quatre pour permettre à chacun, quelle que soit sa condition physique, de pratiquer le ski nautique, le kayak, le wakeboard ou la planche à voile. Mais si vous préférez ramasser des coquillages ou lézarder au soleil, personne ne vous mettra la tête sous l’eau.

Des dragons pas commodes

Il faudra naviguer deux nuits et une journée entière, passer de la mer de Bali à la mer de Flores, pour vivre un des moments très attendus de la croisière: la rencontre avec les dragons de Komodo, ces terrifiants lézards géants à la salive pernicieuse, qui se repaissent volontiers de leur progéniture.

Mais comment s’ennuyer une seconde sur un tel vaisseau? Les lève-tôt commenceront par un cours de yoga sur le pont avec Selwa, une Marseillaise résolue à connecter les croisiéristes à leur espace intérieur. Les audacieux enfileront un harnais pour grimper au mât de misaine, jusqu’au nid de pie, d’où la vue est renversante. Les plus studieux apprendront à réaliser des nœuds marins ou à faire une visée avec le sextant, pendant que d’autres suivront un exposé du capitaine Sergey Tunikov sur la piraterie somalienne à la bibliothèque, ou visiteront la salle des machines avec l’ingénieur en chef Islam Abdullayev.

Le simple spectacle de la mer ou des manœuvres de l’équipage suffiraient à nous exalter. Avec ses kilomètres de cordages grinçants, sa voilure monumentale battue par le vent, le romantique Star Clipper vibre au plus près des éléments, procurant des sensations et des émotions qu’aucun paquebot de croisière de masse ne saurait offrir.

Cultures locales

La vie à bord, c’est aussi siroter un cocktail face aux plus indécents couchers de soleil, se gaver de fruits exotiques en partageant ses découvertes du jour dans un anglais approximatif, danser à pieds nus sur le pont en teck jusqu’aux petites heures, scruter l’océan Indien en pleine nuit et voir des dauphins batifoler sous la lumière des projecteurs, s’habiller pour le dîner et sympathiser avec un couple d’éleveurs de moutons néo-zélandais.

Entre expéditions dans la jungle et délices balnéaires, certaines escales prennent un tour plus culturel, voire ethnographique. Comme à Sumba, entre Bali et Timor, une des îles les plus pauvres de l’archipel indonésien. Longtemps restés à l’écart des influences hindouistes, musulmanes et chrétiennes, les habitants de Sumba ont conservé leur propre tradition Marapu.

Escortés par d’intrépides cavaliers montés sur de minuscules chevaux extraordinairement rétifs, nous aurons un aperçu du culte qu’ils vouent aux ancêtres au cœur du village de Praj Ljing dont les maisons, coiffées de hauts toits d’alang-alang et décorées de crânes de buffle, sont regroupées autour d’imposants tombeaux mégalithiques.

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