De Bali à Komodo, toutes voiles dehors

EscapadeCroisière dans l'archipel indonésien à bord du Star clipper, un quatre mâts d'exception inspiré de l'âge d'or des grands voiliers du XIXe siècle

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Vite, vite, échapper aux embouteillages tonitruants de la chaotique Denpasar, la capitale de Bali, asphyxiée par le développement fulgurant du sud de l’île. Rien ne nous retient ici, hormis les rouleaux cristallins qui se brisent sur la longue plage de Kuta constellée de surfeurs.

Nous avons rendez-vous au port de Benoa avec l’un des plus grands voiliers de croisière du monde: le Star Clipper. Destination: Lombok, Komodo, Sumbawa et autres mystérieuses petites îles de la Sonde disséminées le long de la ceinture de feu.

Suspense sur le quai

Qui seront nos compagnons de voyage? La curiosité nous tenaille au moment d’embarquer pour dix jours sur ce majestueux navire de 115 m de long pour 15 m de large, réplique contemporaine des fameux clippers du XIXe siècle (lire encadré). Parcourir près de 900 milles marins avec 170 inconnus – sans compter plus de 70 membres d’équipage – relève du pari. Va-t-on seulement se supporter?

Pour l’heure, les langues, les looks et les générations s’entrechoquent sur le quai dans une confusion babélique: allemand, français, anglais, italien, espagnol et même finnois; des couples, des familles avec adolescents, des groupes d’âge mûr, quelques fringants seniors à l’accent yankee, zéro enfant; des mollets bronzés, des orteils peints, des bedaines et des décolletés, des chapeaux, des casquettes et beaucoup, beaucoup de valises. Formalités portuaires. On s’observe à la dérobée, on se jauge et, bien sûr, on dégaine son smartphone pour immortaliser chaque instant de cette épopée maritime que l’on pressent inoubliable.

Irina Pecsvary, tenue de matelot, galons dorés et coupe au carré peroxydée, serre des dizaines de mains et décoche ses premiers irrésistibles sourires: «Welcome on board, ha, ha, ha!, ça va bien? Je viens de Croatie, je suis votre directrice de croisière, your cruise director.» Tout au long de notre périple, cette femme manifestement douée d’ubiquité ne cessera de nous étonner. Appelant chacun par son prénom, attentive à la moindre anicroche, Irina est partout, créant la bonne humeur tout en menant son petit monde à la baguette. On l’a vue en baroudeuse, en robe du soir, en danseuse balinaise, en pianiste de concert, en conférencière… Toujours crédible, même avec des palmes.

Dormir dans un berceau

La première nuit dans une cabine, fut-elle luxueuse, climatisée et joliment parée d’acajou, s’avère un brin houleuse. Mais une fois admise l’idée de se laisser bercer, la plupart des passagers se surprennent à dormir comme des bébés. Les plus sensibles s’équiperont de bracelets anti mal de mer ou vaporiseront leur oreiller de menthe poivrée.

Chaque matin ou presque, le Star Clipper jette l’ancre dans un lieu différent. À commencer par Gili Kondo et Bidera, deux îles désertes parmi tant d’autres, à l’est de Lombok. Des navettes et un zodiac nous déposent par petites grappes surexcitées sur le brûlant sable blanc, avec nos masques et nos tubas. Une retraitée américaine, entièrement bardée de néoprène, joue des coudes pour sauter dans l’eau la première, comme si la barrière de corail allait subitement disparaître. Le «plouf» disgracieux de la misanthrope de service déclenche quelques fous rires complices.

Poissons multicolores, coraux protéiformes, ondoyantes anémones: un éden surpeuplé se dévoile juste sous la surface des eaux turquoise. Le snorkeling fait partie des multiples activités nautiques proposées par une équipe sportive prête à se plier en quatre pour permettre à chacun, quelle que soit sa condition physique, de pratiquer le ski nautique, le kayak, le wakeboard ou la planche à voile. Mais si vous préférez ramasser des coquillages ou lézarder au soleil, personne ne vous mettra la tête sous l’eau.

Des dragons pas commodes

Il faudra naviguer deux nuits et une journée entière, passer de la mer de Bali à la mer de Flores, pour vivre un des moments très attendus de la croisière: la rencontre avec les dragons de Komodo, ces terrifiants lézards géants à la salive pernicieuse, qui se repaissent volontiers de leur progéniture.

Mais comment s’ennuyer une seconde sur un tel vaisseau? Les lève-tôt commenceront par un cours de yoga sur le pont avec Selwa, une Marseillaise résolue à connecter les croisiéristes à leur espace intérieur. Les audacieux enfileront un harnais pour grimper au mât de misaine, jusqu’au nid de pie, d’où la vue est renversante. Les plus studieux apprendront à réaliser des nœuds marins ou à faire une visée avec le sextant, pendant que d’autres suivront un exposé du capitaine Sergey Tunikov sur la piraterie somalienne à la bibliothèque, ou visiteront la salle des machines avec l’ingénieur en chef Islam Abdullayev.

Le simple spectacle de la mer ou des manœuvres de l’équipage suffiraient à nous exalter. Avec ses kilomètres de cordages grinçants, sa voilure monumentale battue par le vent, le romantique Star Clipper vibre au plus près des éléments, procurant des sensations et des émotions qu’aucun paquebot de croisière de masse ne saurait offrir.

Cultures locales

La vie à bord, c’est aussi siroter un cocktail face aux plus indécents couchers de soleil, se gaver de fruits exotiques en partageant ses découvertes du jour dans un anglais approximatif, danser à pieds nus sur le pont en teck jusqu’aux petites heures, scruter l’océan Indien en pleine nuit et voir des dauphins batifoler sous la lumière des projecteurs, s’habiller pour le dîner et sympathiser avec un couple d’éleveurs de moutons néo-zélandais.

Entre expéditions dans la jungle et délices balnéaires, certaines escales prennent un tour plus culturel, voire ethnographique. Comme à Sumba, entre Bali et Timor, une des îles les plus pauvres de l’archipel indonésien. Longtemps restés à l’écart des influences hindouistes, musulmanes et chrétiennes, les habitants de Sumba ont conservé leur propre tradition Marapu.

Escortés par d’intrépides cavaliers montés sur de minuscules chevaux extraordinairement rétifs, nous aurons un aperçu du culte qu’ils vouent aux ancêtres au cœur du village de Praj Ljing dont les maisons, coiffées de hauts toits d’alang-alang et décorées de crânes de buffle, sont regroupées autour d’imposants tombeaux mégalithiques.

Créé: 31.08.2019, 13h00

Infos pratiques

Les itinéraires Star Clippers 2019-2020:
plusieurs croisières en Méditerranée (Rome, Venise, Cannes, Lisbonne, Athènes, etc.), canal de Panama et Caraïbes (ex: Croisière de Noël aux îles Grenadine), Asie du Sud-Est (avec de nouvelles escales au Cambodge), traversées transatlantiques (ex: Lisbonne-La Barbade).
Tarifs:
Les offres varient grandement en fonction de la destination, de la durée du voyage et de la catégorie des cabines (des réductions enfants sont parfois consenties).
L’agence Lutry Voyages propose par exemple pour octobre 2020 un pack exclusif Grèce, Sicile et Malte – Cinq nuits en cabine double de catégorie 4 sur le Star Flyer – pour 2190 fr. par personne, inclus les billets d’avion, les transferts, les taxes, un riche programme d’activités et la pension complète.
Non inclus:
les boissons alcoolisées et certaines excursions (facultatives) sont à payer en sus (compter environ 90 francs pour un tour d’une journée, repas compris), de même qu’un pourboire global pour le personnel (50 fr. minimum).
Rens:
Lutry Voyages, place des Halles 3 Lutry, 021/793.18.93
www. lutryvoyages.ch
www.starclippers.com

Le rêve d’enfant d’un entrepreneur scandinave



La compagnie Star Clippers a été fondée il y a trente ans par Mikael Krafft, un homme d’affaires et armateur suédois mordu de bateaux: «Ce n’est pas un propriétaire ordinaire, apprécie le capitaine Sergey Tunikov. C’est un homme passionné, très cultivé et féru d’histoire maritime, qui visite régulièrement ses navires et qui en prend soin personnellement.»

Né à Stockholm en 1946, Mikael Krafft grandit à une vingtaine de kilomètres de la capitale dans le petit port de Salsjöbaden, au bord de la mer Baltique, près du plus grand chantier naval de Scandinavie, le Plyms Shipyard. C’est là que, dès l’âge de 6 ans, son imagination est frappée par les récits épiques de vieux loups de mer et qu’il vit ses premières aventures de navigateur.

Le rêve du petit garçon suédois qui voulait construire ses propres voiliers devient réalité en 1991 et en 1992 avec la sortie des chantiers navals de Gand, en Belgique, de deux goélettes à quatre mâts d’une longueur de 115 mètres: le Star Flyer et son jumeau, le Star Clipper.

Ces bateaux de croisière d’exception sont des répliques modernes des fameux clippers, des navires marchands à silhouette élancée équipés d’une énorme voilure, créés dès 1815 sur la côte est américaine pour convoyer le plus rapidement possible des denrées périssables. Ces lévriers des mers connurent leur âge d’or au milieu du XIXe siècle sur les routes commerciales du thé et du coton de l’Empire britannique et sur la liaison entre New York et San Francisco, via le cap Horn, au moment de la ruée vers l’or. Mais l’ouverture du canal de Suez, impraticable pour les voiliers, et le perfectionnement des machines à vapeur précipitèrent le déclin des clippers.

Un siècle plus tard, leur renaissance en voiliers de croisière est plébiscitée par le public. L’entrepreneur plaisancier décide d’agrandir sa flotte. Il fait construire à Rotterdam, aux Pays-Bas, un troisième navire inspiré du mythique Preussen, vaisseau amiral de la compagnie allemande Flying P, lancé à Hambourg en 1902 et tragiquement échoué en 1910 sur les rochers de Douvre, dans la Manche, après une collision avec un paquebot. Le Royal Clipper, un cinq-mâts de 134 m de long et 42 voiles carrées, est baptisé en juillet 2000 à Monaco par la reine Silvia de Suède.

Ce géant sera bientôt détrôné par un quatrième navire monumental, en cours de construction au chantier Brodosplit, en Croatie. Le Flying Clipper, réplique du légendaire cinq-mâts France II, devrait être livré à la fin de l’année: il mesurera 162 m, sera agrémenté de plus de 6350 m2 de voiles et pourra transporter 300 passagers servis par un équipage de 140 personnes.

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