Beyrouth, ville branchée aux portes de la poudrière

EscapadeLa capitale libanaise jongle entre modernité et sécurité, à un jet de pierre des conflits du Proche-Orient.

La mosquée Mohammad Al-Amin pratiquement collée à la cathédrale Maronite Saint Georges.

La mosquée Mohammad Al-Amin pratiquement collée à la cathédrale Maronite Saint Georges. Image: Reuters

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A l’évocation d’un voyage dans la capitale libanaise, les curieux sont intrigués. Au bout de la Méditerranée, Beyrouth continue de passionner. Pourtant, sur toutes les lèvres, cinq syllabes se dessinent: in-sé-cu-ri-té.

Dans le quartier de Bachoura, proche du centre-ville, ce sentiment n’est pourtant pas lisible sur les visages. Dans une rue, trois enfants sourient, armés de fusils d’assaut. Ils tirent de petites billes en plastique sur les vieilles échoppes. Dans ces boutiques, on reprise tissus et vêtements, de vieilles carcasses de motos sont démontées et remontées inlassablement par des garagistes couverts de cambouis. Le trio s’amuse au milieu de militaires équipés, eux, de balles réelles. Ils sont à peine plus âgés que les soldats en culottes courtes. Autour d’eux, une armée de photos toise silencieusement ce petit monde. Ce sont celles des «martyrs», placardées fièrement sur les murs des ruelles du quartier, parfois criblés de projectiles. Des portraits d’hommes tombés au combat contre Israël, en Syrie ou au Liban.

C’est cette ambiance de contrastes, sur fond de guerre qui a d’ailleurs motivé le Vaudois, Alexandre Medawar, à s’installer à Beyrouth (notre édition du 7 août). Avant de déambuler librement à travers la ville, on s’informe auprès de lui. «Il n’y a aucun risque à visiter Beyrouth. Par contre, mieux vaut connaître la personne en face de vous si vous parlez politique ou cuisine libanaise. Ce sont des thématiques explosives dans ce pays», s’amuse-t-il. Sur le terrain, ses informations se vérifient. À aucun moment, on ne s’est sentis en danger durant ce voyage, malgré une présence militaire importante dans toute la ville et certains stigmates de la guerre dans plusieurs quartiers.

Une piqûre de rappel, puisque ce pays de 4 millions d’habitants a connu une guerre civile entre 1975 et 1990 et un conflit meurtrier en 2006 avec son voisin israélien. Un État avec lequel il partage, au sud, 79 km de frontière. Les 376 km restants au nord et à l’est épousent la Syrie. Damas n’est pas plus éloignée de Beyrouth que Berne ne l’est de Lausanne.

Une kyrielle de confessions

Pour le visiteur, cette ville transpire le monde et ses différences parfois criardes. Les couleurs, les visages, les odeurs, les richesses se bousculent presque à chaque coin de rue. Une ville ni vraiment orientale ni vraiment occidentale. Ni vraiment en guerre ni vraiment en paix. En redescendant de Bachoura, on tombe sur la magnifique mosquée Mohammad Al-Amin pratiquement collée à la cathédrale Maronite-Saint-Georges. Un symbole de cette pluralité dans un pays où cohabitent 17 confessions reconnues par l’État (3 musulmanes, 13 chrétiennes et une juive).

Cette diversité se retrouve aussi dans le langage, puisque les habitants mélangent allègrement le français, l’arabe et l’anglais dans la même phrase. «On utilise souvent le mot le plus court des trois langues pour s’exprimer», explique Carmen Baccash, habitante de Beyrouth. Plutôt que de se promener dans le centre-ville, reconstruit après sa destruction pendant la guerre civile, où s’accumulent hôtels cinq étoiles, boutiques et restaurants de luxe insipides, direction le quartier animé de Hamra. Poumon économique de la capitale, la zone pullule de commerces vendant à la fois tout et rien. Touristes, étudiants, intellectuels, habitants modestes ou aisés s’y mélangent. À la tombée de la nuit, des néons colorés illuminent les bars, les restaurants et les cinémas comme pour indiquer qu’ici on ne dort jamais. Au Café Hamra, dans une salle aux relents doucereux, des joueurs triturent leurs jetons. Les parties de backgammon et de cartes s’enchaînent dans la fumée des narguilés. Un lieu de détente idéal après avoir parcouru le campus de l’Université Américaine datant de 1866, et ses environs où salons de jeux vidéo et fast-food internationaux ne désemplissent pas.

On utilise souvent le mot le plus court des trois langues pour s’exprimer

Dans le quartier d’Achrafieh. On visite un autre monde. Ici, c’est tatouages, barbes bien taillées et baskets à la mode. Dans ce centre artistique, les boutiques design et les pop-up stores poussent comme des champignons après la pluie. Un quartier jeune et populaire? De moins en moins, car la gentrification, comme dans toutes les villes modernes du monde, entraîne le remplacement des vieux immeubles par des résidences haut de gamme.

Un crochet par les 202 marches du charmant escalier Saint-Nicolas et la visite du Musée Sursock, valent le détour. Dédié à l’art moderne, ce lieu gratuit a rouvert en 2015 après sept ans d’agrandissement et de rénovation. La circulation, le point noir de Beyrouth, est moins dense à Achrafieh qu’ailleurs, et la multitude de bars et de restaurants invite aux festivités et à la dégustation de la gastronomie libanaise.

Beyrouth, une ville avec des quartiers branchés, bruyants, vivants et parfois meurtris, une pluralité comme autant de mezzes libanais à picorer. (24 heures)

Créé: 29.09.2018, 14h01

Falafel de la discorde

M. Sahyoun est une adresse célèbre pour les aficionados de falafel. Ou plutôt deux adresses puisque depuis le décès de leur père, les deux frères ont divisé le snack en deux. Ils vendent un pain pita garni de falafels, de tomates, de radis, de menthe, de coriandre et d’une sauce exquise pour 3 fr. À vous de choisir!

Damascus Road Ras El-Nabeh

Mezzes à prix d’ami

La terrasse jardin du Café Em Nazih, à Achrafieh, est un lieu noyé sous les immeubles et la ceinture routière de Beyrouth. On y déguste une multitude de mezzes entre 3 et 8 fr. autour d’un verre et des volutes de fumée d’un narguilé. Un lieu plein de vie et très fréquenté à toute heure de la journée.

Pasteur Street Gemayze

Musée national

De la préhistoire à la conquête arabe, le Musée national de Beyrouth, dans le quartier de Badaro, possède une collection archéologique captivante. Le sous-sol dédié à l’art funéraire au fil des siècles, avec ses momies et son alignée de sarcophages phéniciens taillés à l’image des défunts, mérite la visite.

Corner of Museum Street

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