Deux faces qui refont le mythe de Sydney

EvasionVictorienne ou sixty, «harbour city» assiste à la gentrification de deux quartiers qui donnent le goût de l’Australie.

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La capitale de la Nouvelle-Galles du Sud ne se laisse pas apprivoiser facilement. Elle fatigue par l’empilement sans fin de maisons coloniales ou de banales boîtes sans prétention, dont aucune ne dépasse deux étages. Elle charme aussi. Ses multiples petites criques et baies alternent entre les palmiers et l’incroyable faune australienne et des quais complètement réhabilités. L’ensemble dégage une ambiance reposante, qui se découvre mieux en se laissant porter par cet air légèrement humide et parfumé et, pourquoi pas, en cherchant à démonter les clichés qui ont fait la réputation de Sydney.

Face A, pour aborigène

Celui qui souffle dans son didjeridoo, accroupi par terre en face de l’Opéra, personne ne le loupe. Il est là, imperturbable, face aux touristes. La vraie vie des descendants de ceux qui, les premiers, ont sculpté les pierres et peint les parois de cette Australie qui ne s’appelait pas encore ainsi, on ne la voit pas. Des années de politique répressives ont poussé dans la marginalité ou dans la discrétion l’essentiel des descendants autochtones (Eoras, Kuring-Gai, Kundul et Dharug pour la seule région de Sydney). Les activistes conservent la mémoire des «Générations volées», ces milliers d’enfants métis enlevés jusque dans les années 1960.

De façon plus «visible», Sydney regorge de mouvements qui cherchent à faire vivre une culture ancestrale. À The Rocks, quartier historique de Sydney, le très fréquenté Aboriginal Dreaming Tour permet au visiteur de reproduire les rites et les symboles et de visiter le Campell’s Cove, un campement pêcheur reconstitué.

Mieux vaut se perdre dans Redfern, un quartier qui sent la brique, avec ses maisons aux toits de tôle et aux balcons de fer ouvragé, bordées de trottoirs où les eucalyptus ont remplacé les platanes des allées à la française. Les murs y sont bardés de fresques colorées, souvent délabrés. Ancien quartier d’immigrés, Redfern abrite une part de la communauté aborigène qui a fait parler d’elle lors d’émeutes en 2004. La question sociale reste dans l’air. Celle, encore plus sensible, de la drogue et de l’alcool, se rappelle par de maladroits panneaux aux bords des terrains privés.

À deux pas, le centre culturel de Redfern ne s’active pas que durant le Naidoc Festival, ce vaste programme qui conjugue activité sociale et art aborigène de pointe. L’endroit propose presque un concert par jour, dans des murs de briques flambant neufs qui contrastent avec ceux de l’ancien Eveleigh Railway Workshops, une friche ferroviaire reconvertie en 2007 par le gouvernement en centre d’art et de concerts. Redfern devient étudiant, se gentrifie, et certaines maisons en toit de tôle prennent soudain des airs beaucoup trop coquets.

Face B, pour Bondi

L’Australie, pour tous ceux qui sont passés à côté de ces innombrables clichés de grands blonds souriants sur le sable fin, c’est la patrie du surf. Oubliez Hawaï. Les amateurs du genre se repèrent à l’aéroport à leurs longs cheveux, quand ils n’ont pas emporté leur planche fétiche. Les connaisseurs vont à Bells Beach, près de Melbourne. Ceux qui veulent rendre hommage au mythe de la place parfaite vont à Bondi, où flotte encore l’aura des surfeurs à l’anglaise qui ont fait la réputation de la plage dans les sixties. Le tout est encore dominé par le pavillon historique où s’est arrêtée Elisabeth II en 1954. «Ce n’est pas l’endroit le plus technique, mais c’est près du centre et c’est vraiment agréable. On vient ici pour débuter ou surfer un peu en fin de journée», sourit un expatrié breton qui a toutefois enfilé une combinaison. En hiver, l’endroit n’a rien à envier au Finistère.

Depuis la plage, suivre le sentier côtier qui longe de luxueuses villas. Car ici aussi, les piaules de sportifs fauchés se changent peu à peu en lofts prisés de la bonne société australienne qui veut y être vue en faisant son jogging. Il reste heureusement quelques bistrots qui entretiennent l’esprit des sixties, et surtout un côté préservé entre roches décharnées multicolores et petits gazons proprets. Une atmosphère unique qui souffle sur l’imposant cimetière de Waverley, prisé des familles italiennes. Tout comme sur le sauvage terrain de rugby de Shark Point qui jouxte les locaux de la localement célèbre société de sauvetage, et même sur ces panneaux jaunes qui mettent en garde contre les méduses.

Allez-y en fin de journée. On y aperçoit au loin les lumières des avions au décollage de l’aéroport international. Ceux qu’on n’a tout d’un coup, sans savoir pourquoi, plus jamais envie de prendre. (24 heures)

Créé: 22.10.2018, 18h14

Les bons plans de Diane Zinsel

Expatriée à l’autre bout du monde au service de l’Agence télégraphique suisse (ATS), la journaliste Diane Zinsel y assure en journée le service de nuit aux heures suisses. Elle a commencé par se perdre dans «cette ville démesurément grande». Il y a de quoi, avec 5,1 millions d’habitants au compteur et un étalement urbain infini… «Heureusement les quartiers qui la composent sont très différents les uns des autres, ce qui lui donne ce petit aspect morcelé et plus facile d’accès. C’est un peu comme vivre dans plusieurs petites villes. C’est aussi ce qui participe à renvoyer l’image d’une ville très sûre.»

Expatriée du Chablais, la journaliste Diane Zinsel vit depuis 2016 à Sydney. (Image: Florian Cella)

Été comme hiver, Sydney se vit à l’extérieur, aux belles heures du soleil austral. Les bonnes terrasses dépendent souvent du cadre plus que de la cuisine. C’est le cas du Glenmore Hotel, Cumberland St., qui peut se targuer d’incarner la qualité relativement standard de la nourriture australienne, mais de disposer d’un rooftop incroyable avec vue sur Circular Quay, l’Opéra et la skyline du centre.

Pointe ouest de la baie, Watsons Bay est moins touristique. Cet ultime bout de côte avant la Nouvelle-Zélande a été choisi par les Japonais de Doyles on the Beach, 11 Marine Parade, pour transformer un beach club à l’américaine en temple des poissons et des produits de la mer. Les estomacs lassés de la bouffe de pub puisent dans les tables étrangères. Diane Zinsel recommande Uncle Mings, 49 York St., et, plus loin à Balmain, l’excellent turc Efendy, 79 Elliott St.

Au centre, ne manquez pas The Baxter Inn, 152-156 Clarence St., un paradis pour les amateurs de whisky, où jeunes branchés et businessmen jouent poliment des coudes dans une salle dissimulée au sous-sol, façon prohibition (laquelle a aussi touché l’Australie dans les années 20).

Dans un autre genre, le quartier de Newtown vaut le détour pour son street art et sa faune bigarrée de la fin d’après-midi. King Street recèle son lot de fripes, librairies et surtout de maisons aux étroites façades rarement épargnées par la frénésie immobilière. Côté culture, le MCA, musée contemporain, ose l’art engagé, tout comme la White Rabbit Gallery, spécialisée dans l’art chinois.

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