Les plages blanches de Guadeloupe, un paradis menacé

Grand angleLe littoral de tout l’archipel recule. Des plages rétrécissent, y compris celle bordée par le Club Med.

La plage de La Caravelle, juste devant le Club Med, compte parmi les plus belles des Caraïbes.

La plage de La Caravelle, juste devant le Club Med, compte parmi les plus belles des Caraïbes. Image: D.R.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

La Guadeloupe… Des îles de rêve, son eau turquoise, son sable blanc et ses resorts luxueux. Le 15 novembre, justement, en compagnie de tout le gratin politique local, Club Med célébrait en grande pompe la rénovation et l’extension de son village La Caravelle, à Sainte-Anne. Implanté depuis 1973 dans la commune côtière située sur l'île de la Grande-Terre, le groupe peut se vanter d’avoir les pieds dans le sable de l’une des plus belles plages des Caraïbes. Un paysage de carte postale aujourd’hui en danger: depuis des années, le sable s’en va, mètre après mètre. Au total, 30% des plages de l’archipel sont concernées, selon nos confrères de «Guadeloupe La Première».

Cliquez sur la carte pour agrandir l'image

Les experts expliquent cette situation par tout un tas de phénomènes naturels… ainsi que par les activités humaines et le réchauffement climatique. Les autorités sont aux abois: depuis de nombreuses années, elles tentent, tant bien que mal, de freiner le phénomène. Car avec les immenses retombées économiques générées par le tourisme, ce n’est pas seulement un biotope d’une beauté absolue qui risque de disparaître: la perte de sédiments peut entraîner une déstabilisation des fondations des bâtiments et en causer l’effondrement.

Pour sauver ce qui peut encore l’être, des solutions existent: «Nous sommes en première ligne face au réchauffement climatique, insiste Christian Baptiste, le maire de Sainte-Anne. On crée des enrochements pour fixer le littoral et on végétalise le haut des plages.» Parallèlement, les pouvoirs publics appellent à un comportement exemplaire de la population. En ligne de mire, les plaisanciers qui, en plus de piétiner le sable, abandonnent encore trop souvent leurs déchets en pleine nature. Mais, pour l’heure, pas question de limiter le nombre de touristes (près de 650 000 en 2017, selon l’Observatoire régional du tourisme). Une politique quasi schizophrène dans ces îles qui veulent accueillir toujours plus de visiteurs, tout en vivant au quotidien les effets néfastes du tourisme de masse.

«Le Club fait sa part»

Du côté du Club Med, son président joue à fond la carte de l’écologie. Venu pour marquer la fin des travaux chiffrés à 47 millions d’euros, Henri Giscard d’Estaing a rappelé à quel point la préservation du patrimoine naturel lui tenait à cœur. «Les mobilisations actuelles pour le climat sont légitimes», assure-t-il lors d’un déjeuner au sein du resort, où plusieurs médias internationaux sont conviés, dont «24 heures». «Club Med y est sensible depuis sa création en 1950, alors que c’était une époque où tout le monde s’en foutait. C’est une préoccupation qui fait partie de notre ADN.» Après une bouchée d’une saucisse en croûte, il ajoute: «Comment fait-on pour aboutir à des solutions concrètes? Chacun doit balayer devant sa porte. Nous assumons notre part et sommes prêts à jouer le rôle d’aiguillon.»

Pour illustrer ses propos, le fils de l’ancien président de la République indique que Club Med s’est engagé à écocertifier la construction des nouveaux hébergements de La Caravelle avec «la certification internationale et indépendante parmi les plus exigeantes et reconnues dans le monde». En outre, le complexe est également certifié depuis 2012 pour une gestion durable. «La Caravelle a mis en place des refuges sous-marins pour dynamiser la biodiversité du site et collabore avec une ONG concernant les tortues marines. Club Med s’engage aussi à supprimer, d’ici à la fin de l’année, l’ensemble du plastique jetable à usage unique dans les bars et restaurants.»

Sur place, ces mesures sont visibles: pas de pailles en plastique pour déguster son cocktail, pas de petits échantillons de shampooing dans les salles de bains et, à table, les bouteilles d’eau ont cédé leur place à des carafes. Des mesurettes pour donner bonne conscience aux clients, après un long vol en avion? Pas du tout, martèle en substance le directeur général développement et construction du Club Med. «Il y a des problématiques globales et des problématiques locales, tempère Grégory Lanter. Nous n’ignorons pas les questions d’érosion, même si la plage de La Caravelle est moins touchée que d’autres. Notre rôle est d’être exemplaire et de limiter au maximum l’empreinte carbone de nos resorts.» Par ailleurs, le directeur indique que les travaux ont permis au village de réduire sa consommation énergétique. En refusant de la chiffrer: «La facture a baissé et le confort des clients a augmenté.»

Exposition au soleil étudiée

Les nouvelles constructions de l’Oasis Zen, un «quartier» de La Caravelle réservé aux adultes, sert d’exemple au groupe. L’orientation des bâtiments de cet espace surplombant la mer, doté d’une piscine à débordement et de chambres haut standing construites à un jet de pierre d’un spa, a été savamment étudiée. But de l’opération, éviter que les logements soient trop exposés au soleil afin de limiter l’utilisation des climatisations, notamment. «Nous travaillons avec des experts sur ces questions environnementales», complète Grégory Lanter.

À 2 kilomètres de ce havre de paix, la populaire plage du bourg de Sainte-Anne, poumon économique de cette cité de 25 000 âmes, a reculé de 120 mètres entre 1955 et 2010 (voir infographie). Loin du terrain immaculé de 19 hectares appartenant au Club Med, les déchets sont ici légion. Par endroits, les vagues lèchent la route. Une odeur de carburant insistante flotte dans l’air. La plage, autrefois idyllique, a été largement grignotée par la houle et ne fait plus qu’une quinzaine de mètres de large. Le maire, Christian Baptiste, en est conscient: «Les petits territoires comme le nôtre sont les plus touchés.» Et le tourisme reste essentiel pour l’économie des îles. D’après lui, environ un quart de la population en vit, directement et indirectement. Il reprend: «Nous devons investir massivement dans les énergies renouvelables et tout faire pour que les trajets en avion soient plus propres. Ce sont des combats que nous ne pouvons pas mener seuls.» Sur la plage du bourg, les panneaux, qui rendent les baigneurs attentifs aux eaux usées déversées dans la mer, montrent l’entendue des mesures qu’il reste encore à prendre. Et ce, même au niveau local.

Créé: 01.12.2019, 07h52

«La tendance écolo grandit»

Didier Arino, le directeur général de Protourisme, cabinet d'études et de stratégie en économie touristique, donne sa vision de l’évolution du tourisme liée aux enjeux climatiques.

De nombreuses personnes se disent préoccupées par l'impact environnemental de leurs vacances. Vivons-nous une réelle révolution dans le monde touristique?

D’après une large étude que nous avons menée auprès des Français, nous avons pu déterminer que 27% des partants, cette année, ont modifié leurs projets de vacances en raison des questions environnementales. À terme, les gens vont toujours plus privilégier les moyens de transport alternatifs à l’avion et à la voiture. La tendance grandit. On remarque aussi que les partants cherchent à compenser leur déplacement en privilégiant des établissements labellisés écoresponsables. Il y a une vraie prise de conscience. Elle est encore plus forte chez les millénnials.

Le Club Med met en avant ses nombreux engagements environnementaux: écoblanchiment ou réelle fibre écologique?

La nature est véritablement dans son ADN. Il y a une double volonté. D’abord, le groupe a toujours respecté les lieux, les paysages et les cultures. Et il doit le faire, car c’est ce qu’il vend. Par ailleurs, préserver l’environnement, c’est aussi faire des économies. La clientèle est sensibilisée et va donc, par exemple, faire attention à sa consommation d’eau.

Comment jugez-vous ses actions? Sont-elles suffisantes?

Rien n’est jamais suffisant. Mais son impact est très bien pensé. De nombreuses entreprises locales en profitent et le Club crée des vraies perspectives de carrières. Il a toutefois encore des progrès à faire sur la mise en valeur des produits du terroir. Il doit encore plus privilégier les circuits courts.

Le Club Med peut-il vraiment jouer le rôle d'aiguillon face à certains gouvernements?

Il n’a pas le choix. Ce qui dessert un resort, c’est ce qu’il ne peut pas maîtriser: son environnement. Si le pays est visiblement pollué, la destination est décrédibilisée.

«Club Med s’adapte aux voyageurs de demain»

Après deux années à la tête des ventes France Est de Club Med, Pascaline Foureau a été nommée directrice Club Med Suisse ventes directes à Genève, fin 2015.

Remarquez-vous un «effet» Greta Thunberg au sein de votre clientèle?

En 2019, le changement climatique est de plus en plus palpable et la prise de conscience de l’impact du tourisme sur le climat et l’environnement s’est fortement renforcé. Club Med en est conscient et est sensible à ces sujets. Il s’est engagé depuis plusieurs années déjà dans la voie du tourisme durable. À court et moyen termes, la question est moins de savoir s’il faut encourager ou décourager la demande de tourisme, qui est et restera importante, que de trouver les moyens de canaliser cette demande vers une offre plus responsable.

Comment évolue votre clientèle en Suisse?

Grâce à sa politique active de développement avec l’ouverture de nouveaux resorts dans le monde, Club Med s’assure une dynamique de croissance rentable de sa clientèle suisse. Ces résultats satisfaisants sont le fruit de l’accélération de la stratégie «haut de gamme, globale et happy digital» qui répond pleinement aux attentes des familles. Notamment les «3G», 3 générations, les «millennials families» et les couples actifs, plébiscitant le concept unique du Club Med.

Que cherchent les Suisses lorsqu'ils font appel à vos services? Quelles sont les tendances que vous pouvez identifier?

Avec plus de 60 ans d’expérience, Club Med Suisse est au plus près de ses clients avec un sens de la considération et de la personnalisation qui passent par une écoute active pour des vacances réussies. Club Med Suisse s’adapte aux comportements des voyageurs de demain qui souhaitent des vacances écoresponsables, alliant confort et préservation de l’environnement. C’est l’ambition de nos resorts, comme notre tout nouveau Club Med exclusive Collection Michès Playa Esmeralda, en République dominicaine. Ou alors encore à l’île Maurice, avec le succès que nous rencontrons grâce à la rénovation de notre complexe La Pointe aux Canonniers.



L’Oasis Zen propose des chambres luxueuses en front de mer.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.