Spitzberg, une croisière aux confins du monde

BILANÎle convoitée par les explorateurs, les baleiniers et les trappeurs, Spitzberg, cette toundra aride du Svalbard, est devenue le haut lieu des recherches scientifiques dans l’Arctique.

Paysage estival du Svalbard. Image: Minder Andreas

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Nous venons de passer le 80° parallèle nord.» Silence parmi les passagers. Des regards se croisent, des sourires s’échangent. L’impression de partager un moment unique, voire historique, dans nos vies respectives. « Nous ne sommes plus qu’à 900 kilomètres du pôle Nord », a-t-on envie de murmurer. On laisse libre court à notre imaginaire pour inventer ce tableau blanc, ce bout du monde fait de mythes et de banquises à la dérive.

Sur la passerelle du MV Spitsbergen, l’index du capitaine indique l’horizon, zone brumeuse indéfinissable. Oddleif M. Engvik, originaire de Tromsø, a travaillé comme pêcheur aux abords de la Norvège, de Barents et de l’archipel du Svalbard, « le pays des côtes froides » en norvégien. Durant cette croisière, le navire longe les chaînes de montagnes enneigées, glacées ou arides du Spitzberg. Ici sont recensés 3000 ours polaires pour 2500 habitants. Après avoir approché une colonie de morses à Moffen, on nourrit l’espoir d’atteindre la banquise, l’habitacle de ces Ursus maritimus, ces prédateurs féroces pesant près de 600 kilos.

Le bâteau MV Spitsbergen. (Crédit: DR)

Nous restons tributaires des facéties du climat. Liss Emma Antonsen, l’officière de navigation, transmet le bulletin d’information de l’institut météorologique de Norvège fraîchement imprimé: le courant glaciaire sera jugé trop fort avec des plaques mouvantes qui pourraient provoquer l’enlisement du navire en moins de six heures. L’ordre est donné. Le bateau, dépourvu de proue suffisamment renforcée pour briser la glace, entame sa marche arrière direction le détroit d’Hinlopen. Cela n’entachera pas la bonne humeur des passagers ni celle des fulmars boréals (oiseaux marins des eaux froides) qui piquent une tête dans l’eau glacée. A tribord, des mouettes tridactyles tournoient au-dessus d’une baleine bleue dont on admire le souffle. Heureusement, les livres de la bibliothèque permettent aux cancres de remettre à jour leur culture générale sur la faune et la flore arctiques.

Soudain, l’annonce grésille au micro : « A bâbord, une ourse et ses deux petits dorment sur la rive. » Avec une température avoisinant les 2 °C (contre 43 °C à Paris), on lâche sa juteuse patte de crabe des neiges servie au buffet pour rejoindre, dans la précipitation, sa cabine. Malheur à celui qui sort sans ses multicouches de vêtements auxquelles se greffent moufles et bonnet. Armés de télé-objectifs, nous voilà, silencieux, à mitrailler la femelle qui ne sourcillera point.

Une banquise infinie pour les ours polaires ? Leur terrain de jeux se réduit de plus en plus même ici. (Crédit: Picasa)

Pendant ce temps, l’équipe d’expédition, chapeautée par l’Allemande Friederike Bauer, prépare un débarquement dans le fjord de Murchison à Kinnvika. Parti en éclaireur, sa carabine sur l’épaule, le guide norvégien Stian Aadland se tient à une centaine de mètres de la zone protégée et préalablement délimitée. La fonte des glaces ayant réduit l’espace de jeu des ours polaires, ces derniers s’approchent des régions peuplées, surprenant parfois des habitants devant leur propre maison. Le port d’un fusil chargé et d’un pistolet à fusée éclairante fait partie du protocole obligatoire pour ceux qui s’éloigneraient des zones balisées. Comme nous.

Tandis que des guillemots de Brünnich rasent l’eau, le zodiac transporte le premier groupe. « Ces cabanes en bois, raconte le géologue et chercheur au CNRS Jean Nizou, accueillaient des scientifiques en 1957-1958, durant l’Année géophysique internationale (AGI). Pour l’anecdote, ces chercheurs construiront d’abord le sauna. »

Baleiniers, trappeurs, miniers et scientifiques

Combien furent-ils, les explorateurs chevronnés qui rêvèrent d’entrer dans l’histoire en découvrant les eaux arctiques du Grand-Nord avant l’arrivée des scientifiques de notre ère ? On doit la découverte du Spitzberg en 1596 à Wilhelm Barents. Si ce dernier, scorbutique, rend l’âme sur le chemin du retour, une information atteint l’Europe: la zone regorge de baleines. Le massacre sera perpétré durant les siècles suivants et chaque nation marquera le territoire de son nom. Sur la plage de Gravneset, dans la baie de la Madeleine, site historique de chasse, des fours destinés à la fonte du lard sont encore visibles. Les trappeurs friands de fourrure sillonneront les terres. Ours polaire, renard arctique: de quoi remplir la besace de ces cow-boys marmoréens. Dès 1909, Hilmar Nøis balaiera tous les records avec 38 hivernages dans de spartiates cabanes en bois.

Ces maisons en bois de Longyearbyen apportent un peu de couleurs aux longs hivers connus aussi comme la «saison sombre». (Crédit: Elbeth)

La géographe Elodie Bouvier, elle aussi du voyage, aborde l’épopée d’explorateurs comme Salomon Andrée. Le Suédois tenta de conquérir le pôle Nord en 1897 à bord d’un ballon fait de carrés en soie cousus et imperméabilisés avec de la cire. Un rêve soufflé à l’hydrogène qui se soldera par la mort de l’équipage. Toujours en pleine course du patriotisme, Roald Amundsen, héros national de la Norvège, volera en 1926 à bord d’un dirigeable de 106 mètres, le « Norge ». Dans l’ancienne ville minière de Ny-Ålesund, son mât et son buste témoignent encore de son passage… et de sa disparition tragique. Aujourd’hui, cette bourgade héberge 180 scientifiques (et 30 en hiver). La douzaine de laboratoires en fait la plus grande station internationale de recherche en Arctique. Les spécialistes du permafrost, les glaciologues et géologues issus des quatre coins du monde tapent le bout de gras dans la cantine et s’inquiètent du réchauffement climatique. Ce même réchauffement qui fera de la traversée du Nord-Est une future autoroute commerciale. Un pas de géant pour l’économie, s’enorgueillit déjà Vladimir Poutine. «Mais à quel prix pour l’environnement ?» conclut, inquiète, Elodie Bouvier.

Créé: 18.11.2019, 14h31

Pratique

Pour vivre une expérience similaire au Spitzberg, Kontiki propose une croisière avec un accompagnement francophone du 21 au 29 juillet 2020. Plus d’informations sous: www.kontiki.ch/fr/spitzberg/paradis-naturel-du-spitzberg

D’autres voyages exclusifs de Kontiki au Nord figurent sur leur site internet: www.kontiki.ch/fr E.H.

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