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Uni à vie à son vélo, Claude Marthaler loue les hauteurs

Seize ans à pédaler autour du globe n’ont pas encore assouvi le cycliste genevois de rencontres et voyage intérieur. La preuve avec la sortie de son dixième livre.

Bivouac improvisé au bord d’une rivière au Tibet oriental. Sa monture pèse 60 kg. Elle contient sa tente, ses outils, de la nourriture et de l’eau.
Bivouac improvisé au bord d’une rivière au Tibet oriental. Sa monture pèse 60 kg. Elle contient sa tente, ses outils, de la nourriture et de l’eau.
MARTINA FRIEMEL

Des petits miracles au quotidien, Claude Marthaler en vit fréquemment, dit-il. Pas plus tard que quelques heures avant notre interview dans ce café genevois jouxtant la librairie des voyageurs Au vent des routes, le cycliste a gravi sa «montagne sacrée locale», le Salève, et fait une de ces rencontres que seul le vélo lui apporte. «Cet homme était devant sa maison où flottent des drapeaux tibétains. Il avait lu mon livre, m’a invité à manger des pâtes avec lui et on a discuté de l’Everest, qu’il a gravi en 1984. On n’a pas toujours besoin d’aller à l’autre bout du monde pour vivre ces moments de partage. Il faut juste être disponible et dans le moment présent.» Un large sourire illumine son visage buriné par des années à pédaler à travers le monde.

À 59 ans, l’homme volubile n’a perdu ni son enthousiasme ni cette sincérité quasi juvénile à raconter et mettre en mots ses récits au long cours. Dans son dernier livre, «Voyages sellestes. Les montagnes du monde à vélo», le citadin de naissance relate ses pérégrinations à travers le Kirghizistan, le Tadjikistan, l’Afghanistan, le Tibet et la chaîne rocheuses du Canada à la frontière américano-mexicaine. D’une écriture relevée, il emporte son lecteur sur ses traces, partageant aussi bien ses questionnements intérieurs que ses descriptions éclairées des régions et régimes totalitaires qu’il traverse, fasciné mais aussi choqué par le sort réservé aux populations indigènes.

«J’apprends avec chaque livre. C’est toujours un accouchement. Ces écrits seront pour moi, plus tard, ma mémoire ultime. L’écriture me rappelle le rythme du voyage. Je suis dans l’endurance, pas dans la vitesse.» Admiratif de Nicolas Bouvier, il préfère se décrire comme un «cyclonaute» plutôt qu’un écrivain. «Mais après dix livres, je commence à accepter le terme.»

Le vélo est sa montagne

Ce pionnier des voyages à deux roues a déjà passé seize ans sur sa selle, majoritairement entre ses 28 et 41 ans. Avec, entre autres, un tour du monde de sept ans, démarré au Japon. Le garçon a commencé par explorer son quartier et la campagne genevoise avec sa monture, objet de liberté par excellence. Nourri des récits d’autres fous de la petite reine, il a roulé en Suisse, traversé les Alpes pour rejoindre la mer, poussé jusqu’aux portes de l’Europe et du Maroc. «Je ramenais souvent des cyclistes voyageurs à la maison. Ma mère s’y est habituée, on leur offrait une douche ou un lit pour la nuit.» Afin de financer sa longue expédition de 1994, il travaille, économise et écrit plus de 100 courriers pour demander du soutien. «J’étais alors un illustre inconnu. Mais j’ai reçu des dons, des sacoches de vélo comme des fondues Gerber. J’ai toujours vécu modestement et financé moi-même mes déplacements. On m’a beaucoup aidé avec du matériel.»

Gravir les sommets à coup de pédales l’habite depuis son plus jeune âge, entouré d’un grand-père montagnard et de parents marcheurs. «Le vélo a été ma première montagne, mon Everest… Il est resté ce sanctuaire de la liberté, sans murs ni clé, et cette source d’une parfaite simplicité qui m’induit en errance», écrit-il en introduction de son livre. Après les Alpes, il rêve de l’Himalaya, des hauts plateaux d’Asie centrale qui s’ouvrent à lui en entrant dans l’âge adulte. Cette quête des hauteurs en appellerait-elle d’autres? «Cette envie d’ascendance, ce regard vers le ciel est aussi une forme de recherche spirituelle», reconnaît-il. Une «montagne métaphorique» qui puise ses origines dans les blessures du passé. Face à la chute, «centrale dans ma vie» — le décès de son frère aîné dans une grotte lors d’une sortie de spéléologie, un accident de parapente qui lui a brisé le dos et laissé des séquelles dans un mollet ou encore le suicide de son demi-frère depuis un pont —, Claude Marthaler a pris le contre-pied, enfourchant sa monture pour parcourir ses sommets intérieurs.

Les coups durs vite oubliés

Sur ses hauts plateaux du Tadjikistan ou du Tibet, l’homme se déplace avec une monture de 60 kilos, outillage, tente, nourriture compris. À cela s’ajoutent guide et cartes papier pour ce réfractaire aux montres GPS. Comment affronte-t-il les coups durs? «Les jours où le vent arrive de face, tu sais que tu vas devoir tirer ton vélo toute la journée. Quand s’ajoutent des difficultés, du sable au vent, une crevaison ou la perte d’un habit en route, tu te demandes quand tout va s’arrêter. Mais au petit matin, lorsqu’un nomade t’apporte à manger au pied de ta tente, il faut beau et tu oublies tout».

Partager sa passion et ses connaissances a rythmé sa vie et s’apprête à prendre une nouvelle tournure à l’orée de ses 60 ans. Le cycliste et sa compagne ont acheté une grande maison dans le sud de la France, qu’ils souhaitent transformer en maison d’hôtes, avec un petit camping destiné, forcément, aux cyclistes.

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