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ÉvasionVoyager en Afrique, c’est possible! Découverte du Zimbabwe

Comme plusieurs autres destinations d’Afrique australe, le pays a rouvert ses aéroports. Avec une situation pandémique maîtrisée, il espère la reprise du tourisme. Pour déployer ses charmes et contrer la crise économique.

Le parc national du Hwange est un territoire exceptionnel pour s’adonner aux safaris. On y dénombre 107 espèces de mammifères et plus de 400 espèces d’oiseaux, dont 40 sortes de rapaces différentes
Le parc national du Hwange est un territoire exceptionnel pour s’adonner aux safaris. On y dénombre 107 espèces de mammifères et plus de 400 espèces d’oiseaux, dont 40 sortes de rapaces différentes
Gérald Cordonier

Une matinée qu’on les cherche. «Ils sont là. Pas loin!» Deux majestueux lions ont été repérés plus tôt par Brian, gardien de la place de pique-nique installée près du point d’eau de Ngweshla, au cœur du Parc national de Hwange qui s’étend aux confins des sables du Kalahari. «Les fauves doivent se cacher dans les environs; des éléphants les ont délogés à l’aube», assure le jeune homme. De quoi donner confiance à Munya, notre guide expérimenté: «On ne sait jamais quelles rencontres nous réserve un safari, mais on va les trouver.»

Le spécialiste a pour terrain de jeu les 14’640 km2 de savane, forêts arides et étendues sablonneuses où règne la faune qui fait la réputation du Zimbabwe. Et celle de toute l’Afrique australe. Il conduit, en cette fin octobre, un petit groupe de touristes européens. Des Français installés à Harare, la capitale. Et deux intrépides européens bien décidés à braver le marasme des voyages internationaux, à l’heure où la deuxième vague du coronavirus déferle sur l’hémisphère Nord.

Depuis le printemps et l’isolement sanitaire total imposé par le gouvernement de cette ancienne colonie britannique où tout le monde parle un anglais parfait, ils sont les tout premiers étrangers que Munya voit débarquer au Sable Sands, un lodge familial et eco friendly installé à la porte du parc naturel classé à l’Unesco. Les vols internationaux ont repris le 1er octobre.

Aujourd’hui encore, les frontières terrestres avec la Zambie ou le Botswana sont fermées mais la quarantaine obligatoire a été levée pour les arrivées par voie aérienne. Ailleurs dans le sud du continent, la situation est similaire. La Tanzanie est l’un des premiers à avoir relancé son tourisme en été, déjà. Ces dernières semaines, Kenya, Namibie, Mozambique et Afrique du Sud lui ont emboîté le pas.

Cecile, l’emblème du parc

«Vous êtes venus de Suisse jusqu’ici pour découvrir mon pays, je ne veux pas vous décevoir. Quand le soleil est haut, les lions somnolent à l’ombre d’un arbre.» Le trentenaire embarque ses visiteurs dans sa jeep, s’arrête en bord de piste, guette les traces au sol, grimpe sur le toit du véhicule pour, jumelles rivées sur les yeux, scruter les broussailles. Soudain, la traque s’avère fructueuse. Elle est, surtout, bien moins sanglante que la chasse au trophée qui, en 2015 ici même, avait provoqué un tollé mondial lorsque Walter Palmer, un américain amateur de grand gibier, a blessé et pourchassé durant 40 heures le célèbre lion Cécile, emblème du parc.

Le parc national de Hwange permet la rencontre avec le «big five». La rencontre avec les lions est l’un des moments les plus impressionnants de la journée.
Le parc national de Hwange permet la rencontre avec le «big five». La rencontre avec les lions est l’un des moments les plus impressionnants de la journée.
Gérald Cordonier

Nos deux mâles dorment au pied d’un acacia, crinière au vent. Dans le silence, la séance photos dure 3 minutes. Elle vient conclure quatre journées de découvertes animalières à travers le pays, d’incroyables et interminables face-à-face avec des centaines d’éléphants, des girafes, autruches, buffles, hippopotames, zèbres et koudous ou avec des léopards et guépards pour les plus chanceux, et des rhinocéros bien plus à l’est.

Potentiel touristique

S’il n’y a aucune autre jeep à l’horizon, rien à voir avec une économie touristique en panne. En temps normal, c’est déjà le cas: contrairement aux parcs animaliers du Kenya, d’Afrique du Sud ou de Tanzanie, ceux du Zimbabwe ont encore la réputation d’offrir des conditions extraordinaires pour savourer en toute intimité les rencontres avec les «big five». Après des années de régime politique marqué par le règne de Mugabe et une indépendance gagnée dans le sang, le développement touristique débute lentement, entraîné par la popularité grandissante de la Namibie ou de son voisin le Botswana.

«Le Zimbabwe reste encore une destination confidentielle mais ce pays est tout aussi beau que ses voisins, tant au niveau de la faune que des paysages, qui sont parmi les plus variés d’Afrique australe, observe Alexandre Seydoux, créateur de voyages chez Private Safari, à Lausanne. Face au Botswana qui est très cher, ce territoire a un vrai potentiel touristique.»

Un potentiel énorme, entre découvertes culturelles, aventures et expériences dignes d’une mémorable lune de miel – quand, au cœur de la nuit, une centaine de buffles se pose pour brouter à quelques mètres de votre hutte, par exemple. Ou qu’un vol en hélicoptère permet d’embrasser, aux frontières avec la Zambie, toute la majestuosité des chutes Victoria, l’une des plus belles beautés géologiques de planète.

Les chutes Victoria, à la frontière entre le Zimbabwe et la Zambie.
Les chutes Victoria, à la frontière entre le Zimbabwe et la Zambie.
Gérald Cordonier

Avec près de 2,6 millions de voyageurs en 2018 – contre 1,8 million en 2013 et cinq fois plus en Afrique du Sud –, il est le second pays le plus visité dans la région australe ou orientale. Surtout pour ses célèbres chutes alors que, moins connus, d’autres lieux valent à eux seuls le voyage: les peintures rupestres et le superbe chaos granitique du parc naturel de Matobo – l’un des cinq sites inscrits au Patrimoine mondial de l’humanité –, le Parc national de Mana Pools, sur les rives du fleuve Zambèze, les ruines et la ville royale de Great Zimbabwe qui constitue le plus grand site archéologique d’Afrique subsaharienne (XIe-XVe siècle) avec sa «grande maison en pierre» qui, en langue Shona, donne son nom au pays…

La population a bien compris qu’elle a une carte à jouer. Il y a peu encore, le sentiment anti-Blanc (qui a valu aux descendants des colons de se voir confisquer leurs fermes et entreprises) décourageait les visiteurs occidentaux. Aujourd’hui, ceux-ci sont accueillis comme des hôtes d’exception. Et les infrastructures n’ont rien à envier à d’autres points de chutes.

Du temps pour se relever

«Le Zimbabwe, c’est un pays de grands espaces, de paysages magnifiques et authentiques, confirme Ana Inaudi, de l’agence genevoise Géo-Découverte. Mais comme toutes les destinations du continent, le pays prendra du temps à se relever de la pandémie.» Dans une Afrique déjà secouée par de graves crises économiques et politiques, les conséquences y sont effectivement terribles.

Au Zimbabwe, affaibli par une sécheresse l’an dernier, l’inflation exponentielle (+680%) des douze derniers mois mettait déjà la population à rude épreuve. «Du côté de Victoria Falls durant la fermeture forcée de juillet à septembre, notre haute saison, c’est maintenant jusqu’à 40 ou 60% du personnel qui a été licencié, confie un directeur d’hôtel. Quand on sait qu’un emploi nourrit jusqu’à 10 bouches, imaginez le désastre.»

«Du côté de Victoria Falls durant la fermeture forcée de juillet à septembre, notre haute saison, c’est maintenant jusqu’à 40 ou 60% du personnel qui a été licencié, confie un directeur d’hôtel.»

Un directeur d’hôtel

Pour séduire la clientèle locale, cet automne, les prix ont été complètement cassés. Une situation qui rend le pays très attractif (jusqu’à moins 30% voire 50% pour un voyageur indépendant) et pourrait bien durer tant que les étrangers craindront de voyager… «Pourtant, regardez autour de vous, insiste l’hôtelier. La réalité sanitaire est bien différente de celle que traversent les pays industrialisés et tout est mis en œuvre pour garantir la sécurité de nos clients.»

Difficile, en effet, d’imaginer depuis l’Europe «covidée» que la situation puisse être à ce point différente. Dans un pays où peu de tests sont effectués, impossible de connaître réellement le taux de contamination (officiellement affiché, cette semaine, à 0,7 pour 100’000 habitants). Sur place, toutefois, la réalité paraît maîtrisée, certes, au gré de contrôles policiers incessants tout à fait visibles durant le séjour. Aujourd’hui, pas un seul lieu public n’est accessible sans prise de température et désinfection des mains. Et pour accélérer la relance du tourisme, l’État va injecter 500 millions de dollars.

«Les mois que l’on vient de traverser ont été très durs, confirme notre guide Munya. Mais à chaque fois que j’amène des voyageurs à la rencontre des animaux sauvages qui peuplent le Hwange et que je vois leurs réactions ébahies, je retrouve un peu de confiance et je sais qu’on a entre les mains un joyau qui gagne à être connu.»

Le site «View of the World», dans le parc national de Matobo.
Le site «View of the World», dans le parc national de Matobo.
Gérald Cordonier
Coucher de soleil dans le parc national de Matobo
Coucher de soleil dans le parc national de Matobo
Gérald Cordonier
1 commentaire
    Thibaut

    Quelle bonne idée de prendre l’avion et atterrir dans les pays qui n’ont pas d’infrastructure médicale et où la corruption de l’information est le seul moyen d’amener des touristes.