Un géant du violoncelle à LausanneYo-Yo Ma, la jovialité pénétrante avec l’OCL
Le musicien sino-américain a fait salle comble au Théâtre de Beaulieu. Une tournée avec Renaud Capuçon sous les meilleurs auspices.

- Yo-Yo Ma a fasciné le public lausannois par son interprétation libre et sa connivence avec l’OCL.
- Il a joué le Concerto pour violoncelle de Schumann au Théâtre de Beaulieu.
- Renaud Capuçon a dirigé une «Eroica» de Beethoven d’une étonnante fluidité.
Il est fascinant de voir comment Yo-Yo Ma a mis le public de l’OCL dans sa poche mardi soir, avec une simplicité réjouissante. À 69 ans, le violoncelliste sino-américain n’a plus rien à prouver. L’annonce de sa venue exceptionnelle à Lausanne avait rempli en un éclair le Théâtre de Beaulieu jusqu’au dernier rang.
Tout en intériorité dans ses deux premiers mouvements, le Concerto pour violoncelle de Robert Schumann n’a rien d’une pièce faite pour briller. Le début, «Nicht zu schnell», est même abordé de façon retenue, voire précautionneuse, par un OCL presque intimidé par l’envergure du soliste. Yo-Yo Ma instaure d’emblée un climat de chaleur par la générosité de ses phrasés, et de connivence dans le dialogue étroit qu’il tisse avec les musiciens.

Soutenu par ces touches pointillistes, le soliste prend petit à petit ses aises en chemin, comme s’il découvrait, ravi, un paysage encore inconnu de lui. Il a cette charmante attention de se tourner vers les membres de l’orchestre avec lesquels il entre en résonance. Le mouvement lent le montre ému d’un duo avec Joel Marosi, le violoncelle solo de l’OCL, avant un final doué d’une énergie enfin débridée et d’une pénétrante jovialité.
L’émotion est encore montée avec un premier bis, le déchirant allegretto de la «Partita» du compositeur turc Adnan Saygun, souvenir de ses explorations sur la route de la soie. Rappelé par un public emballé, et alors qu’il avait laissé son instrument en coulisses, Yo-Yo Ma a tout simplement emprunté le violoncelle de Joel Marosi pour y cueillir la bourrée de la troisième Suite de Bach, encore embuée de fraîche rosée.
Succès pour la mission «Eroica»
D’une grande discrétion jusque-là, Renaud Capuçon a pris les choses en main en deuxième partie avec une troisième Symphonie, «Eroica», de Beethoven à la propulsion merveilleusement fluide. L’OCL vrombit d’une énergie intérieure qui semble inépuisable et toujours bien dosée, donnant à cette fusée à quatre étages un élan stratosphérique. Mission accomplie, orbite parfaite, mais sans anicroche ni vertige.
Genève, Victoria Hall, me 29 jan (19 h 30, complet); Rolle, Rosey Concert Hall, je 30 (19 h 30, complet); Saanen, église, ve 31 (19 h 30). www.ocl.ch
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