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La rédactionZemmour ou la «trumpisation» de la pensée en France

L’éditorialiste français fait de nouveau l’objet de plaintes, après des propos sans nuance sur les mineurs isolés, selon lui forcément tous délinquants.

En 2015 et 2016, durant sa campagne électorale, Donald Trump avait estimé que les migrants mexicains étaient tous des voleurs et des violeurs. Des propos sans filtre, outranciers, totalement démagogiques distillés au gré de ses discours puis relayés à coups de tweets haineux. Du Trump pur jus.

Ce qu’on ignorait à lépoque, c’est que ce n’était que le début d’une nouvelle ère. Cette façon caricaturale de poser les débats pour fracturer la société est devenue, aujourd’hui, la règle. Et pas seulement aux États-Unis. Ce virus-là a aussi traversé l’Atlantique. Depuis quelques jours, le chroniqueur français Éric Zemmour, déjà condamné pour incitation à la haine raciale, est sous le coup de nouvelles plaintes.

«L’éditorialiste joue sur le registre de la provocation pour entretenir sa notoriété. Non pas pour être élu mais pour vendre des livres»

Le polémiste a affirmé lors d’un débat en direct à l’antenne de la chaîne française d’information en continu CNews que les migrants mineurs étaient des «voleurs», des «assassins» et des «violeurs». Mot pour mot ce qu’avait déclaré Donald Trump à propos des Mexicains. Depuis plusieurs années, léditorialiste joue, comme Donald Trump, sur le registre de la provocation pour entretenir sa notoriété. Non pas pour être élu mais pour vendre des livres.

Agiter les peurs rapporte. Sous prétexte de porter la contradiction face à une classe médiatique et politique prétendument dévoyée par une pensée gauchiste et défaitiste, Éric Zemmour se pose en combattant d’une idéologie du sursaut. Il incarnerait le courage intellectuel. Son credo, c’est celui de lutte contre lislamisation rampante de la France. Pour lui, les jeunes des banlieues, issus de l’immigration, sont soit des délinquants, soit des djihadistes en puissance.

Pour le buzz

Son audience, Éric Zemmour l’a gagnée grâce aux chaînes de télévision qui l’invitent pour faire le buzz, comme CNews. La complaisance de la journaliste présentatrice Christine Kelly, ancienne membre du Conseil supérieur de laudiovisuel (CSA), interpelle. Elle sait que son invité flirte souvent avec les limites de l’acceptable. À peine attaqué pour ses propos, Éric Zemmour a immédiatement reçu le soutien de Marine Le Pen.

Sur le fond, le recours à des éditorialistes clivants tels qu’Éric Zemmour attestent d’une «trumpisation» des débats et de la pensée. Cela n’affecte pas que la droite. Les positions prises par les élus de la France insoumise sur les banlieues, l’islam et l’islamophobie ont contribué à rétrécir le débat et à rendre légitime l’expression d’un point de vue opposé par l’entremise de celui qui prétend incarner une vision de droite de la société française.

Il y a quelques jours, Emmanuel Macron a promis de s’attaquer au séparatisme qui tend à fracturer la société française. Le terme «séparatisme» a été préféré à celui d’islamisme, qui pointait un peu trop du doigt l’entier d’une communauté. Peut-être est-il temps aussi de s’intéresser aux mécanismes de haine et de rejet qui exacerbent la logique du séparatisme en offrant comme seul issue le repli identitaire ou communautaire.

71 commentaires
    toyet

    Bon lui, fait de lui sait écrire et lire pas comme chez Tamédia........