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Exotisme en Suisse (11/41)Zigzag entre forêts et pâturages au cœur de la Sibérie suisse

Neuchâtel Tourisme vient de développer une nouvelle carte VTT et e-VTT avec une douzaine de parcours pour tous les goûts. En selle pour «La Sibérie Bike» dans la vallée de La Brévine.

Balade à VTT électrique sur «La Sibérie Bike», une boucle de 42,8 km au cœur de la vallée de La Brévine.
Balade à VTT électrique sur «La Sibérie Bike», une boucle de 42,8 km au cœur de la vallée de La Brévine.
Jean-Guy Python

Notre itinéraire débute aux Ponts-de-Martel dans la vallée de La Brévine. «La Sibérie Bike» est l’un des douze parcours proposés par Neuchâtel Tourisme dans sa nouvelle carte dédiée au VTT et au e-VTT. Cette boucle de 42,8 km avec 856 mètres de dénivelé total est qualifiée de «sportive et assez exigeante». Ni une ni deux, on opte pour la version électrique. Un choix judicieux si on souhaite découvrir rapidement la région sans trop se fatiguer…

Pour des questions d’organisation, le tour se fera dans le sens inverse de la carte. Après avoir récupéré une belle machine rouge vif, on s’élance en direction du Petit et du Grand-Sommartel. Ça grimpe sec et on bénit déjà l’inventeur Thomas Edison. Le paysage varie sans cesse entre forêts verdoyantes et immenses pâturages, presque un cliché jurassien.

Le parcours de «La Sibérie Bike»
Le parcours de «La Sibérie Bike»
Océane Haenni

«Ce sont mes enfants qui m’ont proposé de faire des vacances à VTT. Moi j’en rêvais, mais je n’aurais jamais osé leur proposer ça»

Philippe Marro, vététiste en vacances

Sur les crêtes, la vue est magique et oblige à s’arrêter. À droite, les Alpes vaudoises et fribourgeoises se détachent comme une fine frise de papier découpé au ciseau. Dans notre dos, le magistral cirque rocheux du Creux-du-Van. Au loin, le majestueux Mont-Blanc tient fièrement son rôle de plus haut sommet d’Europe occidentale. Sur notre gauche, le massif du Jura s’étend à perte de vue et nous racole avec ses couleurs chatoyantes. Cela tombe bien, nous sommes venus pour lui.

Entre le Petit et le Grand-Sommartel, le massif du Jura s’étend à perte de vue.
Entre le Petit et le Grand-Sommartel, le massif du Jura s’étend à perte de vue.
Romain Michaud

On n’est d’ailleurs pas les seuls à apprécier le paysage, comme ce papa et ses trois enfants, originaire de Marsens (FR), croisés à deux coups de pédale du Petit-Sommartel. «C’est vraiment une région magnifique», s’enthousiasme Philippe Marro. «Oui, mais c’est quand même un peu pentu», rétorque sa fille Amaëlle, les coudes sur le guidon. Le petit groupe relie, en cinq jours, Vallorbe à Saint-Ursanne. «Ce sont mes enfants qui m’ont proposé de faire des vacances à VTT. Moi j’en rêvais, mais je n’aurais jamais osé leur proposer ça», rigole le Fribourgeois.

La chasse des rapaces

Avant de redescendre et de zigzaguer dangereusement sur les chemins caillouteux et couverts de racines du Grand-Sommartel, on décide de faire un crochet par l’auberge du même nom. Tenu par Caro et Baptiste, le restaurant à la terrasse et au personnel très accueillants est une halte idéale pour reprendre quelques forces.

Arrivé en bas de la montagne, on traverse de magnifiques prairies qui font office de terrain de chasse à une poignée de rapaces. Les oiseaux profitent de ces étendues, fraîchement fauchées, pour fondre, dans une sorte de ballet coordonné, sur de petits rongeurs beaucoup plus exposés depuis le passage des monstres d’acier des agriculteurs de la vallée.

L’avantage du VTT électrique, c’est que les dénivelés sont vite avalés et les lieux alentour à portée de guidon. On quitte donc notre boucle pour descendre flâner dans les rues du Locle et s’arrêter aux incroyables Moulins souterrains du Col-des-Roches (voir encadré). «La Sibérie Bike» est réalisable facilement en une journée. On s’offre le luxe de la faire sur deux jours et de profiter du confort et surtout de la table de Frédéric et Claire Marchand à l’Auberge du Prévoux (voir encadré).

Contrebande de fraises des bois

Le lendemain, on s’élance toujours au travers de forêts et de pâturages, mais sur des pistes un peu plus tout-terrain que celles de la veille. Notre itinéraire joue à saute-mouton avec la frontière et recoupe par endroits l’un des chemins de la Contrebande franco-suisse. Trois randonnées pédestres, et un parcours à vélo, où petits et grands peuvent, à l’aide d’un guide sur papier et d’une application mobile, se mettre dans la peau d’un contrebandier de montres ou d’un douanier du XVIIIe siècle. Pour notre part, on se risque seulement à faire passer quelques fraises des bois, en douce, du côté helvétique.

Les paysages sont splendides et il n’y a personne sur ces chemins si ce n’est quelques vététistes. Seul le bruit de la nature rompt le silence. Ici, on n’entend ni train, ni voiture, ni avion. Avant de redescendre sur La Brévine, on croise, un brin essoufflé, un solitaire vaudois, Jonas Mattsson, venu de Palézieux spécialement pour faire «La Sibérie Bike». «Je cherchais un parcours d’environ 40 km, donc ce tour est idéal. En plus j’adore cette région et ce n’est pas très loin de chez moi.»

Après une descente musclée, une halte s’impose pour reprendre ses esprits. En guise de récompense, on s’accorde un verre de gentiane artisanale chez la famille Bühler, qui produit cet alcool très odorant depuis cinq générations (voir encadré). Les jambes commencent à être lourdes, rien à voir avec l’alcool, et les fesses quelque peu endolories.

Destination, le lac des Taillères. Fréquentée par les patineurs et hockeyeurs pendant l’hiver sibérien du coin, cette étendue d’eau d’un peu moins de 2 km de long a du succès aussi à la belle saison. On comprend pourquoi, car le lieu est superbe. On en profite pour bouquiner les pieds dans l’eau en se promettant de revenir dans le coin, peut-être même avec un vélo sans moteur.

Le lac des Taillères se détourne  de quelques kilomètres du parcours original, mais le lieu en vaut la peine.
Le lac des Taillères se détourne de quelques kilomètres du parcours original, mais le lieu en vaut la peine.
Romain Michaud